Chez certaines familles, les jouets accumulés permettraient d’ouvrir une salle de montre pour Toys’R’Us. Pour d’autres, il y en a beaucoup moins. Mais toutes les renouvellent. Plutôt que le dépotoir, pourquoi ne pas leur donner une nouvelle chance? C’est ce que propose Les Lutins verts.
Ayant pignon sur rue dans Rosemont et Montréal-Est, l’organisme d’économie sociale offre des jouets usagés de qualité à une fraction du prix, tant aux familles qu’aux services de garde. Le tout en favorisant le réemploi, le recyclage et l’intégration socioprofessionnelle de travailleurs en difficulté. Et en distribuant les bénéfices à la communauté.
«L’usagé est souvent synonyme de cheap et de sale», affirme Sandra Babin, mère de deux fillettes et instigatrice du projet. Elle s’assure que les jouets en vente aux Lutins verts sont tous bichonnés.
Bien avant de démarrer l’organisme à but non lucratif, Sandra a fréquenté les friperies pour s’approvisionner en jouets, vêtements ou meubles. D’abord par choix écologiste, puis par contraintes financières.
Et ce constat: magasiner dans une friperie est désagréable. L’approche à l’usager réduite au minimum. C’est souvent sale. Pas étonnants, ces préjugés…
Quant aux jouets, elle les trouve déglingués. Un reportage sur l’organisme Réno-Jouets de Québec la convainc de développer ce marché inexistant à Montréal.
L’équipe collecte, trie, inspecte, reconditionne, répare, nettoie chacun des milliers de jouets récupérés. Et leurs critères de qualité sont élevés, certifie Sandra.
«Tous nos jouets sont propres et complets», peut-on lire un peu partout dans le magasin de la rue St-Hubert, décoré de façon ludique. La mère de 30 ans se fait souvent demander si les jouets sont «vraiment» propres. Ou les casse-tête «vraiment» complets.
Si la qualité est assurée, des tabous demeurent. «Ceux qui achètent par principe écologiste pour leurs enfants sont gênés quand vient le moment d’offrir un jouet usagé en cadeau», témoigne Sandra. Vaut mieux laisser tomber les tactiques pour camoufler l’absence de la boîte originale et assumer son cadeau, insiste-t-elle. Car l’enfant, lui, ne fait aucune distinction.
Le magasin reçoit une centaine de jouets par semaine, dont plusieurs nouveautés. «On en a même reçu dans leur emballage de Noël», raconte Sandra, exaspérée par la surconsommation. Sinon, ne pas toujours trouver ce que l’on cherche dans l’usagé pousse à revoir ses besoins.
Pour déposer des jouets, quatre points de collecte sont offerts: les deux magasins, ainsi que l’éco-centre Rosemont sur la rue des Carrières et celui de Rivière-des-Prairies sur Léopold-Christin. Tout est accepté, même si c’est brisé.
Et, non, les Lutins verts ne font pas d’échange. Mais ils notent les demandes spéciales.
L’atelier et le magasin sont ouverts depuis août dernier dans Montréal-Est. Début décembre, s’est inauguré l’autre magasin à la Plaza St-Hubert, afin de joindre une grande variété de familles au pouvoir d’achat faible ou plus élevé, immigrantes ou conscientisées à l’achat responsable.
L’un des derniers projets? En collaboration avec le centre de réadaptation en déficience intellectuelle Gabrielle-Major, ils évaluent la possibilité d’intégrer un groupe de six à douze déficients aptes au travail dans leur atelier. De quoi bichonner encore plus de jouets.
Les Lutins verts, magasin principal de Rosemont: 6214, rue Saint-Hubert (coin Bellechasse). PHOTO UNE


