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Nouvelles d’Afghanistan

Le capitaine Jocelyn Lemay poursuit sa correspondance avec le Journal de Rosemont–Petite-Patrie

Article mis en ligne le 7 septembre 2007 à 14:20
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Nouvelles d’Afghanistan
«Ce combat que nous livrons à côté de ce peuple se gagnera village par village. Un retrait prématuré ne ferait qu’anéantir les efforts déployés jusqu’à maintenant», considère Jocelyn Lemay, capitaine dans les Forces canadiennes. (Photo: Pierre Briy)
Nouvelles d’Afghanistan
Le capitaine Jocelyn Lemay poursuit sa correspondance avec le Journal de Rosemont–Petite-Patrie
Le capitaine Jocelyn Lemay, en Afghanistan depuis ce printemps, garde le moral. Malgré la mort de plusieurs soldats québécois, tristes événements survenus ces dernières semaines, il semble tout aussi convaincu de l’importance de la mission des Forces canadiennes. La reconstruction du pays s'amorce, dit-il. Le Rosemontois garde le cap sur cette motivation, la raison de sa présence, et de celle de ses collègues, en terre afghane.
Chapitre 5: Projets dans deux villages afghans
«Il est 8h. Le lieutenant de Vaisseau Steven Senney de l’équipe CIMIC (Civilian and Military Cooperation), de l’armée américaine, donne ses instructions pour la patrouille qui nous mènera dans les villages de Aliza Kalay et de Mowmand Kalay. Notre mission: finaliser les détails pour la réalisation de projets de reconstruction. Les risques sont minimes, la patrouille se fait au sein du périmètre de sécurité de la base. Le danger principal demeure la présence d’engins explosifs improvisés. La mort récente des premiers militaires québécois en sol afghan, nous rappelle que cette menace sournoise peut nous frapper à tout moment.

Je prends place à bord du Humvee qui nous mènera à destination. Nous sommes entourés d’un peloton essentiellement composé de membres des fameux Airborn. Des soldats de l’ANA (Armée Nationale Afghane), nous accompagnent également. Assis à l’arrière du véhicule, je contemple enfin pour la première fois ce paysage désertique. Nous empruntons l’autoroute 1, similaire à nos routes de campagne avec seulement deux voies. C’est la seule route pavée du secteur.
Après quelques kilomètres, nous traversons un point de contrôle de la police et nous nous engageons sur un sentier chaotique longeant un des nombreux canaux d’irrigation qui rend cette terre un tant soit peu fertile. Nous arrivons finalement au village de Aliza Kalay. Il est divisé en deux parties. À ma droite, quelques enfants courageux se lavent dans le canal aux eaux d’une qualité douteuse. Les maisons de terre à moitié détruites ont été le théâtre de combats sanglants. L’absence de végétation contraste avec l’autre section du village où la verdure est florissante.

Une ribambelle d’enfants s’agglutine autour de nous en nous demandant de l’argent ou des crayons qu’une officière américaine, membre de l’équipe, distribue à la volée. Nous pénétrons dans le village, le décor ressemble étrangement à celui du film de la guerre des étoiles. Une pompe à eau manuelle et une charrette tirée par un âne sont des exemples qui illustrent les conditions précaires dans lesquelles vivent les Afghans en général.

Nous rencontrons le chef de la tribu qui nous amène au centre du village. Un tapis est déposé sous un arbre. Alors que nous nous assoyons, les militaires américains, arme à la main, assurent la sécurité du périmètre. Les aînés du village prennent place, entourés des jeunes garçons de la tribu. En retrait, une jeune adolescente observe la scène avec attention, peut-être le début d’un changement dans ce pays où le rôle des femmes est encore très limité.
Pendant que le commandant de l’ANA explique, en Pashtoun, aux aînés du village le but de la visite, le lieutenant de Vaisseau Senney entame les discussions avec l’aide de l’interprète nous accompagnant. Celui-ci se couvre le visage afin de ne pas être reconnu...
La reconstruction s’amorce
Quatre projets sont à l’étude: l’agrandissement de la mosquée, l’installation d’une ligne électrique reliant le village au réseau, la construction d’un pont reliant les deux quartiers et l’ajout de deux classes supplémentaires à l’école construite quelques années auparavant par une organisation non gouvernementale (ONG).

ST:Paradis perdu
Ce quartier a été épargné. La végétation est luxuriante et l’eau coule à flots dans les canaux qui le sillonnent. La culture du raisin est à la base de l’économie de ce village qui ressemble plus à un petit paradis oublié, si on le compare aux abris de fortune utilisés par les Koutchis, tribu de nomades vivant au milieu des champs asséchés.
Ce village est une réplique de ce qu’a déjà été l’Afghanistan et de ce qu’il aurait toujours dû être, sans les trente dernières années de guerre qui n’ont amené que souffrance et malheur à tout un peuple. Sa proximité de la base de Kandahar le met à l’abri de la menace talibane. La simple construction d’un puits ou le nettoyage d’un canal peut sembler anodin pour un pays développé comme le Canada, mais revêt une importance capitale lorsque ce simple geste permet à cinq cents familles de se nourrir sans avoir besoin de quémander de l’aide internationale, car il ne faut surtout pas oublier que le peuple afghan est un peuple très fier qui ne se laisse jamais abattre.

Nous nous dirigeons ensuite vers le village de Mowmand Kalay. Cette fois, 400 familles (4000 personnes) attendent notre aide pour la construction d’une quinzaine de puits. En regardant par la fenêtre, je regarde la foule s’éloigner, convaincu qu’un jour je reviendrai dans ce pays en touriste, sans arme et en toute sécurité.»

(Photo: Pierre Briy)

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