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Femme, handicapée et noire: Un triple défi

Carole le Hirez par Carole le Hirez
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Article mis en ligne le 15 octobre 2007 à 13:00
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«Je ne suis pas quelqu'un qui abandonne facilement», déclare Martha Twibanire. Une persévérance qui l'a aidée à se faire sa place dans la société. (Photo:) texte régulier italique
Femme, handicapée et noire: Un triple défi
Alors que la commission Bouchard-Taylor sonde les Québécois sur les accommodements raisonnables, les statistiques démontrent qu'il reste difficile, en 2007, pour les membres des minorités visibles, de trouver leur place dans la société d'accueil. Le défi est encore plus ardu à relever quand on est une femme, de surcroît handicapée.
Récemment, l’Association multi-ethnique pour l’intégration des personnes handicapées (AMEIPH), un organisme qui a pignon sur rue dans La Petite Patrie, lançait une publication sur les femmes handicapées d’origine ethnoculturelle. Un groupe ignoré par les statistiques, les programmes et les services offerts à la population.

Point culminant d'un projet de 6 mois appuyé par Condition féminine Canada, ce document trace un portrait du vécu des femmes handicapées d’origine ethnoculturelle en général, et se penche plus particulièrement sur l'accès aux services sociaux et de santé.

L'étude révèle que ces femmes sont confrontées à de nombreuses barrières. Le manque d’accès aux services, l’absence de structures d’accueil et de services adaptés à leurs besoins, le manque d’information et de formation aux intervenants auprès de ces femmes, sont quelques-uns des problèmes criants dénoncés dans le document.
Débuts difficiles
Martha Twibanire est une des femmes qui ont participé à l'étude. Elle est arrivée du Rwanda en 1999 comme réfugiée, fuyant la tourmente dans laquelle elle a perdu son mari et une fille. Arrivée avec ses trois enfants rescapés au Canada, la mère de famille en fauteuil roulant a dû surmonter bien des épreuves. Mère monoparentale, handicapée, noire et immigrante… Cela faisait beaucoup pour une seule personne.
«Les débuts ont été difficiles. Au début, j'ai dû habiter chez une amie. Je n'arrivais pas à trouver un logement adapté à ma condition. Grâce à des religieuses, j'ai enfin pu me trouver un toit», raconte-t-elle.

La recherche d'un emploi ne s'est pas avérée plus aisée. Cette intervenante sociale dans son pays avait perdu tous ses diplômes dans la panique entourant son départ. En plus de devoir refaire une partie de sa scolarité, elle a été rapidement confrontée à la dure réalité des entrevues d'embauche. «Si je ne m'identifie pas, ça va. Par contre, quand on apprend que j'ai un handicap, on me répond qu'il n'y a pas de place pour moi.»
Différences culturelles
Martha Twibanire a tout de même fini par trouver un emploi. Plusieurs corporations ont une politique d'intégration des personnes appartenant aux minorités. Actuellement, elle travaille dans une institution financière, après plusieurs contrats comme agent d'accueil au ministère de l'Immigration.
La mère de famille relate également plusieurs difficultés avec le système de santé québécois, qui n'est pas toujours adapté aux différences culturelles. «Souvent, les femmes immigrantes n'aiment pas parler de leurs problèmes de santé. On va avoir tendance à dire que cela va bien, même si ce n'est pas le cas. Il faut vraiment qu'on ait confiance dans une personne pour lui parler», indique-t-elle. Elle cite notamment l'exemple d'une femme excisée qui avait peur d'aller consulter un gynécologue, de crainte d'avoir à affronter des préjugés.

Son conseil: ne pas se décourager et surtout ne pas hésiter à contacter les organismes communautaires qui offrent des services adaptés à leurs besoins. «Les organismes sont les intermédiaires entre nous et les gouvernements. Souvent, nous ne savons pas comment dire les choses ou à quelle porte frapper. Les organismes sont là pour nous aider.»
On peut se procurer l'étude Les femmes handicapées issues de l’immigration et les services sociaux et de santé en question en communiquant avec l'organisme au 514 272-0680.
Stats
Il y aurait entre 11% et 16% de personnes handicapées d’origine ethnoculturelle au Canada parmi lesquelles environ la moitié serait de sexe féminin.

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