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Nouvelles d’Afghanistan

Chapitre 8

Article mis en ligne le 7 décembre 2007 à 10:41
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Nouvelles d’Afghanistan
Le capitaine Jocelyn Lemay reviendra d'Afghanistan le 18 décembre.(Photo: Éric Carrière)
Nouvelles d’Afghanistan
Chapitre 8
Ayant dormi d’un sommeil léger cette nuit-là, au petit matin, je rencontre l’adjudant maître Michel Pelletier qui me servira de guide pour ma deuxième journée de patrouille au sein du peloton de Coopération civilo-militaire (COCIM). Notre périple comporte trois haltes: un premier arrêt dans un village situé sur la rive nord de la rivière Arghandab, un deuxième consistant à vérifier l’emplacement d’un poste de police qui, apparemment, aurait été construit au mauvais endroit, et, finalement, la vérification de la construction d’une route dont les travaux ont pris du retard.
À première vue, il peut sembler curieux que de telles erreurs puissent se produire et que ces tâches puissent être confiées à des militaires. Au Québec, un ingénieur du ministère des Transports partirait seul dans sa camionnette, sillonnerait les routes pavées du comté, pour constater l’avancement des travaux. En Afghanistan, les choses ne sont pas aussi simples. Premièrement, oubliez la consultation des registres cadastraux pour connaître le propriétaire d’un lot. De tels registres sont tout simplement inexistants. Quant aux déplacements sur le terrain, ils se transforment bien vite en aventures qui peuvent parfois s’avérer fatales, tant pour un ressortissant occidental que pour un Afghan de souche. Insurgés et voleurs de grand chemin sont aux aguets, prêts à vous soutirer de l’argent, et ce, dans le meilleur des cas.

C’est avec toutes ces idées en tête que je prends place à bord d’un véhicule blindé léger (VBL). Un écran relié à la caméra du système de visée installé à l’intérieur du véhicule nous permet de voir ce qui se passe à l’extérieur, sur la route. À la vue de notre convoi, les véhicules civils se tassent sur le bas-côté du chemin, afin de maintenir avec nous, une distance respectable et sécuritaire.

Nous arrivons finalement dans le district d’Arghandab. Nous nous arrêtons à la sortie du village, dans une aire ouverte, afin de stationner nos véhicules. L’accueil n’est pas le même que j’ai connu dans le district de Dand. Certes, les enfants sont toujours présents et les curieux continuent de s’amasser autour de nous, mais contrairement à la veille, ceux-ci demeurent à distance. Il est vrai que ce village n’a pas été visité souvent dans le passé et que la présence de militaires n’est pas nécessairement perçue comme un signe rassurant. Finalement, un des aînés du village s’approche et la discussion s’anime. Après avoir recueilli l’information nécessaire à la réalisation de projets futurs, nous reprenons la route.

Quelque temps plus tard, le VBL s’immobilise au coeur d’un petit village, dans un sentier trop étroit pour permettre à celui-ci de continuer. En face de nous se trouve un ruisseau qui traverse le village. De chaque côté se dressent des murs de boue qui caractérisent si bien l’architecture afghane. Derrière ceux-ci se cachent des champs de cannabis qui ont presque atteint leur maturité. Une odeur ressemblant à celle de la moufette chatouille nos narines au fur et à mesure que nous nous en approchons. Après une brève discussion avec un des aînés du village sur la question de l’emplacement du poste de police, nous nous engageons dans un sentier qui longe le ruisseau. Une fois de plus, l’accueil est froid. Les enfants demeurent à distance et les adultes nous regardent d’un air circonspect. À quelques mètres de nous, un jeune garçon conduit son troupeau de moutons jusqu’au ruisseau. Il est étonnant de voir la proximité qui existe entre l’homme et l’animal. Plus nous avançons dans l’enceinte labyrinthique du village, plus la présence des habitants se fait rare, ce qui d’ailleurs, commence à inquiéter le chef de notre section. Les véhicules blindés sont maintenant trop loin pour nous assurer une couverture et un désengagement en cas d’embuscade. Sur une distance aussi grande, cela comporte des risques évidents.

Finalement, nous décidons de rebrousser chemin. Il est clair que la coordonnée qu’on nous a transmise au départ, est erronée. De retour aux véhicules, nous quittons le village pour notre troisième tâche: évaluer l’avancement des travaux d’une route en construction. Malgré tous nos efforts de repérage, nous ne pouvons la localiser. S’agit-il encore une fois d’une mauvaise coordonnée? Ou plutôt d’un entrepreneur malhonnête voulant nous faire croire que les travaux sont terminés? Nul ne le sait.

Cette journée bien remplie démontre à quel point il est difficile de travailler dans un environnement hostile. La sécurité de nos troupes et de la population locale, la difficulté sur le plan des communications et la limitation des ressources sont autant de défis à relever dans nos efforts de développement et de reconstruction. Quoiqu’il en soit, les militaires canadiens demeurent motivés. Notre moral est bon et nous sommes prêts à payer le prix ultime, s’il le faut, pour accomplir notre mission.

Capitaine Jocelyn Lemay

Membres des Forces Canadiennes

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