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Nos voisins les Congolais

Carole le Hirez par Carole le Hirez
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Article mis en ligne le 13 février 2008 à 12:00
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Nos voisins les Congolais
Alfred Lukhanda, comme ses compatriotes congolais, attache beaucoup d'importance à la nourriture de son pays, comme le chikwangue, farine de manioc cuite dans des feuilles de palmier, qu'on peut se procurer à la boutique La Référence, au 5852, rue Bélanger Est. (Photo:Éric Carrière)
Nos voisins les Congolais
Pour souligner le Mois de l'Histoire des Noirs, Rosemont se penche sur une communauté bien présente dans le quartier, mais qui gagne à être connue : Les Congolais.
Dans la vitrine du 5852 Bélanger, des mocassins Louis Vuitton trônent fièrement à coté de CD de musique religieuse. Aux murs, des rangées de mèches de cheveux sous plastique attendent d'aller agrémenter la chevelure de belles Africaines. Plus loin, des boîtes de lait concentré voisinent avec des bidons d'huile de palme, des sacs de farine de manioc indispensables pour préparer le fufu, du poisson boucané et des crèmes pour beautés noires.

Nommé à juste titre La Référence, le petit commerce tenu par Élie Ngonuni est un des points de ralliements de la communauté congolaise de Rosemont. Au recensement de 2001, les Congolais formaient la communauté noire la plus représentée dans Rosemont, derrière les Haïtiens, et le 7e groupe d'immigrants en importance dans le quartier.
Discrète mais bien présente
« On les retrouve principalement dans le secteur de la rue Masson et de la 2e avenue et près du parc Basile-Patenaude, mais ils sont répandus sur tout le territoire », déclare Jean-Philippe Sauvé, du Comité Accessibilité Rosemont. L'organisme proposera deux activités dans le cadre du Mois de l'Histoire des Noirs, les 18 et 20 février : une conférence sur l'impact des préjugés et une journée spéciale sur le Congo.
Discrète mais bien présente, la communauté congolaise veut partager ses préoccupations avec ses voisins, dans le quartier. C'est le souhait porté par Alfred Lukhanda. Ce juriste de formation, arrivé il y a cinq ans à Montréal, lutte pour la reconnaissance des droits de ses compatriotes sans statut au pays. Coordonnateur de la Communauté catholique congolaise de Montréal, il œuvre aussi au sein du Conseil canadien des réfugiés (CCR), où il soutient la cause des réfugiés sous moratoire.
Vide juridique
En 2004, le CCR identifiait les Congolais comme le plus important groupe de sans statuts au pays avec quelque 1 858 individus dont la demande de statut de réfugié avait été rejetée. « Ces personnes se retrouvent dans un vide juridique. Elles peuvent travailler et payer de l'impôt, mais n'ont pas accès à tous les emplois et n'ont pas les mêmes droits que les Canadiens », soulève-t-il.
La République démocratique du Congo fait partie des huit pays qui font l'objet d'un moratoire de la part du gouvernement fédéral à cause de l'état d'insécurité qui y prévaut. À ce titre, ses ressortissants ne peuvent pas être expulsés vers leur pays d'origine.

Toutefois, une épée de Damoclès plane au-dessus de leur tête. La levée possible de ce moratoire en raison de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement élu démocratiquement. « Depuis les lections, les Occidentaux ont tendance à considérer que la paix et la sécurité se sont automatiquement améliorés », analyse-t-il. Or, rappelle-t-il, de nombreux rapports produits par des organisations non gouvernementales indiquent que les droits de l'homme continuent à être bafoués en RDC. Viols, exécutions et obstacles à la liberté d'expression y sont régulièrement rapportés.
Réunir les familles
Autre sujet de préoccupation : la réunification des familles. Selon une étude du CCR, le traitement des dossiers prendrait deux fois plus de temps au bureau d'Abidjan, où sont traitées les demandes des Congolais, que partout ailleurs. « La séparation des familles a des répercussions désastreuses, tant pour ceux qui restent au pays que pour ceux qui sont ici », soutient M. Lukhanda.
Il dénonce les nombreuses tracasseries administratives que subissent les familles : examens médicaux périmés avant que les dossiers soient traités, coûteux tests ADN. Sans parler des cas poignants d'enfants nés en sol canadien de parents sans statuts, qui tombent eux aussi dans un vide juridique.

Pour faire mieux connaître ces vastes problèmes, Alfred Lukhanda a pris son bâton de pèlerin. Il a notamment cogné aux portes des députés du secteur pour les sensibiliser aux difficultés de sa communauté. « Ici, on se sent chez nous, mais ce qui manque, c'est que nos voisins sachent quels sont nos défis et qu'ils nous appuient dans nos revendications », souligne-t-il.
Activités
Le 18 février, à 19h, à la Librairie Paulines, 2653, rue Masson : Conférence de Bergman Fleurym éminence dans le travail interculturel au Québec et un des principaux conseillers de la commission Bouchard-Taylor, qui traitera de l’impact des préjugés sur l’intégration.

Le 20 février, au Centre Lafond, 5350, rue Lafond, journée spéciale sur le Congo. De 12h à 13h Dîner-causerie sur la situation au Congo avec Baudoin Kutuka et Alfred Lukhanda, rés. : (514) 524-1797 ; de 13h30 à 15h30, la conteuse congolaise Mamie Henriette présentera des contes traditionnels de son pays.

(Photo:Éric Carrière)

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