Anne Bruneau, professeur à l'Institut de recherche en biologie végétale, Marie-Pierre Gauthier, technicienne de laboratoire, et Gilles Vincent, directeur du Jardin botanique de Montréal.
(Photo:Jacques Pharand)
Le Centre sur la biodiversité en bonne voie
L'inventaire de la biodiversité mondiale constitue l'un des grands défis du XXIe siècle. Le Jardin botanique de Montréal jouera un rôle majeur dans la connaissance des diverses espèces de végétaux et d'insectes grâce à son futur Centre sur la biodiversité, qui ouvrira ses portes en 2010.
Les espèces disparaissent à la vitesse grand V. Les scientifiques estiment qu'on perd environ 75 sortes d'êtres vivants par jour. Au cours des dernières années, le taux d'extinction des espèces s'est multiplié par 1000. Il est donc essentiel d'agir pour préserver la biodiversité, et cette préoccupation passe d'abord par une meilleure connaissance du monde qui nous entoure.
De nombreux chercheurs à travers la planète consacrent leur vie à la découverte de nouvelles espèces. Anne Bruneau est de ceux-là. Cette éminente scientifique, professeur à l'Institut de recherche en biologie végétale de l'Université de Montréal, se spécialise dans la classification des espèces vivantes: la taxonomie.
Cette chercheuse de petite bête travaille depuis 5 ans avec son équipe à la création d'un centre de la biodiversité québécois, qui combinera les missions de préservation, de recherche et de sensibilisation. En 2007, le projet du Consortium des universités canadiennes sur la biodiversité, dirigé par Anne Bruneau, a reçu 15 M$ du gouvernement du Québec et de la Fondation canadienne pour l'innovation. Cet ambitieux projet comporte deux éléments: Un centre de recherche et une plate-forme informatique pour l'échange de données.
Tout un monde à découvrir
«C'est très excitant. Cela va nous permettre d'aller vraiment plus loin dans la connaissance des êtres vivants. On a recensé actuellement à peine 20 % de la biodiversité de la planète. Les prochaines grandes trouvailles se feront au niveau des micro-organismes: tout un monde à découvrir !» lance Mme Bruneau.
Le futur centre, dont le Journal de Rosemont a pu découvrir les plans en avant-première, sera construit au cœur du Jardin botanique. Le bâtiment vert, construit selon les normes LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), une structure de trois étages, accueillera les collections. On y retrouvera l'herbier Marie-Victorin, riche de 900 000 espèces de plantes, la collection Ouellet-Robert avec ses deux millions d'insectes ainsi que les 160 000 spécimens appartenant à l'Insectarium et au Cercle des mycologues de Montréal.
Il abritera également un laboratoire de recherche ultramoderne, où des outils robotiques dernier cri permettront de séquencer l'ADN à un rythme très rapide et donc d'accélérer la découverte de nouvelles espèces. Il aidera du même coup à mieux comprendre leurs rôles écologiques et leurs utilisations potentielles. «Les microchampignons, par exemple, ont une valeur économique très importante. Ils ont des impacts sur la santé, mais ils peuvent également servir à faire grandir les plantes et à développer des biopesticides», indique Mme Bruneau.
Le centre servira aussi de carrefour à un vaste réseau informatique qui reliera douze universités et six jardins botaniques canadiens, et permettra d'accéder, grâce à un portail Internet accessible à tous, aux vastes données des collections biologiques des institutions.
Un message d'espoir pour la planète
Le fer de lance, la pointe de l'iceberg de cette fourmilière biologique, sera sans conteste la salle d'exposition, une vitrine scientifique où les visiteurs pourront avoir accès aux dernières connaissances sur la biodiversité tout en se sensibilisant à des comportements plus respectueux pour l'environnement. Un endroit où l'on trouvera matière à espérer dans l'avenir de la planète.
«Il faut arrêter ce discours déprimant que l'on tient sur le monde actuellement. Les enfants sont stressés par la période que l'on vit. Ils n'entendent parler que d'espèces qui meurent, de menaces pour le futur. Nous voulons passer un message positif. Notre planète est riche, il y a encore beaucoup à découvrir», souligne Gilles Vincent, directeur du Jardin botanique.
Pour réaliser ce volet du projet, qui coûtera 8,5 millions de dollars supplémentaires, la Fondation des Muséums nature et le Fonds de développement de l'Université de Montréal mènent actuellement une vaste campagne de collecte de fonds auprès de grands commanditaires.
Le centre, dont la construction doit débuter en mars 2009, sera unique au Canada et parmi les 10 centres de recherche sur la biodiversité les plus importants dans le monde, estime M. Vincent. Son ouverture, prévue en 2010, coïncidera avec l'année internationale de la biodiversité des Nations Unies.
(Photo:Jacques Pharand)