Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, a aussi dénoncé l'inertie du gouvernement fédéral dans ce dossier.
(Photo: Éric Carrière)
Chronique d'une mort annoncée
L'industrie du textile se meurt au Québec. Le cas de la Golden Brand, propriété de Men's Wearhouse, qui fermera vraisemblablement ses portes en juin, n'est que la pointe de l'iceberg d'une industrie en déclin qui aurait drôlement besoin d'un resserrement des politiques sur les échanges commerciaux internationaux et d'une prise de conscience collective quant à nos choix, au moment d'opter pour un bien confectionné localement ou à l'étranger.
Pour les 540 employés de la Golden Brand, manufacture qui occupe trois étages au 5800 Saint-Denis, coin Rosemont, un changement de cap pourrait faire la différence.
Samedi, un cortège d'employés, de supporters et de leaders politiques – Québec Solidaire, le Nouveau Parti démocrate (NPD), le Parti québécois, le Bloc québécois notamment – ont pris part à la marche qui s'est terminée devant le magasin Moores de la rue Saint-Hubert, commerce où , soit dit en passant , on ne retrouverait que deux ou trois des 30 modèles confectionnés dans l'entreprise de La Petite-Patrie. «Le reste va aux États-Unis», a expliqué Mariette St-Pierre, présidente du syndicat intérieur.
Des employés inquiets
Les employés de la Golden Brand, qui touchent un salaire d'environ 10$ l'heure, tiennent à leur travail. «Le premier ministre Harper doit nous aider»; «Acheter canadien», «Acheter québécois»; «Aidez-nous à garder nos jobs», pouvait-on lire sur les pancartes des travailleurs.
«Si je perds ce travail, je ne pourrai pas travailler ailleurs, parce qu'il n'y a pas de place: les usines de textile ferment les unes après les autres», dira Anna Cotom, une femme d'origine guatémaltèque qui travaille à la Golden Brand depuis 9 ans. Une autre collègue est plus optimiste. «Ça bouge. On voit que des gens commencent à boycotter les magasins Moores. Et il faut que ça continue.»
«Des habits faits au Canada, il n'y en a plus dans les magasins. Il faut que ça change parce ça fait mal à l'industrie et aussi à l'économie québécoise», a indiqué Gaétan Desnoyers, conseiller syndical au dossier.
Par ailleurs, il semble difficile pour le géant américain – aussi propriétaire des 116 magasins Moores à travers le Canada – de justifier cette fermeture par une baisse de ses bénéfices. «Men's Wearhouse a fait 147 millions de dollars de profits l'an dernier. C'est une entreprise rentable», a ajouté Mariette St-Pierre.
Délégation sur la Colline
Vendredi dernier, une dizaine d'employés de l'usine de La Petite-Patrie ont plaidé leur cause sur la Colline parlementaire, à Ottawa. Ces travailleurs en ont profité pour demander aux parlementaires la provenance de leur costar. Bon point pour eux: à 95 %, ils portaient des vêtements faits au Canada.
Les employés ont-ils une réelle chance de garder leur travail? Sans être pessimiste, Bernard Bigras, député de Rosemont–La Petite-Patrie, sait qu'il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. «Il est urgent que le gouvernement de Stephen Harper mette en place des programmes d'aide aux travailleurs âgés», a-t-il réclamé.
«Le gouvernement conservateur se rend-il compte que son absence de leadership à l'OMC se traduit par des pertes d'emplois, dont ceux de la Golden Brand, et que cela est en train de briser le tissu social et industriel du Québec?», a-t-il demandé, lors d'une période de questions à la Chambre des communes?
Jean-Pierre Blackburn, ministre du Travail et ministre de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec a répliqué que des mesures visant à appuyer le développement économique régional sont déjà en place. «Nous devons poursuivre notre orientation pour faire en sorte que nous puissions offrir les outils nécessaires à l'entrepreneur qui désire démarrer une entreprise, qui souhaite prendre de l'expansion ou qui veut accéder à de nouveaux marchés.»
Une réponse «totalement ridicule pour les employés de la Golden Brand», a argué M. Bigras.
Jack Layton, chef du NPD, a aussi entendu la cause des employés de la Golden Brand.
En entrevue téléphonique, M. Layton a souligné l'importance de rendre nos frontières plus étanches à l'importation. «C'est exactement le même problème qui se pose avec l'industrie forestière. Avec l'Aléna, rien qu'à Toronto, on a perdu 13 000 emplois dans ce secteur, avec aucune aide des libéraux pour les travailleurs», a-t-il pesté. Ce dernier croit important d'imposer un moratoire sur les importations des entreprises canadiennes qui vont s'établir à l'étranger.
(Photo: Éric Carrière)
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