Le Boys Club frappe le mur
Hélène Dagenais, directrice générale
Carrefour communautaire de Rosemont l’Entre-Gens
Novembre 1978 – 5675, rue Lafond. Le ciel est grisâtre. Les Ateliers Angus ont récemment fait savoir que le complexe industriel abandonne la production des puissantes locomotives qui ont convoyées ce pays au 20e siècle pour ne se consacrer désormais qu’à leur entretien. Pour couronner le tout, le Rosemount Boys Club ferme ses portes ! L’abandon du service de transport ferroviaire de passagers par le Canadien Pacifique n’est que la suite logique du déclin que connaît le rail depuis 20 ans. Mais la fermeture du Club, ça, c’est la cerise sur le sundae !
Bien sûr, l’ambiance politique est à l’incertitude depuis l’élection, il y a deux ans, d’un gouvernement ouvertement souverainiste à Québec. Ce grand ferment d’espoir pour les francophones a semé la peur et provoqué la saignée des élites anglophones de la métropole. Si bien que les habituels souteneurs financiers du Boys Club ont délaissé Rosemont, ses problèmes et son gymnase pour rassembler leurs affaires et vider leurs comptes en banque. Les départs successifs du Conseil d’administration ainsi que le congédiement d’un directeur général, récemment embauché, achèvent un Boys Club déjà au sol. Le désastre budgétaire est évité de justesse en 1976, puis en 1977, grâce aux célèbres projets PIL qui feront recette pour adoucir les conditions de vie de communautés exsangues.
Le Rosemount Boys Club évolue depuis trois ans déjà sous le regard inquisiteur de nouveaux bailleurs de fonds : créé en 1975 d’une alliance du United Red Feather Service et d’un organisme d’aide francophone, Centraide tente d’armer des communautés dans leur combat contre le chômage et l’appauvrissement. Au Boys Club, les quelques dirigeants qui restent préfèrent encore penser que les loisirs suffisent pour « garder les jeunes hors de la rue ». Centraide ne voit pas les choses du même œil. Entre le Boys Club et l’organisme de bienfaisance, se dresse un mur entre deux solitudes, un véritable dialogue de sourds.
En 1977, les résultats de la campagne de financement de Centraide dans Rosemont, décevants il va sans dire, sonnent l’hallali. Avec un budget diminué de 50 %, les locaux du Boys Club ne retentissent alors plus des cris de jeunes surexcités s’adonnant à un sport ou un loisir au cours des derniers mois. L’immeuble accueille pour l’instant un centre de jour pour personnes âgées et pour personnes handicapées. Le Club, sous-équipé et constamment sous la loupe de ses nouveaux contributeurs, et son directeur Brian Benjamin recommande enfin la réorganisation de l’organisme de la rue Lafond ainsi que l’adoption de nouvelles orientations.
Jadis étendard des organismes de loisirs pour la jeunesse que l’on voulait préserver de la folie des Hommes, le Rosemount Boys Club, dont le toit coule et la maçonnerie s’effrite, deviendra sous peu le symbole d’un ajustement devenu nécessaire.