Rejoindre les personnes âgées en difficulté, là où elles vivent, et les rediriger vers les bonnes ressources. Voilà l'idée derrière le programme Contrer l'isolement social chez les aînés.
(Photo:Jacques Pharand)
Mettre fin à la solitude et aux abus
Marguerite Blais veut faire un exemple de l'initiative Rosemontoise
Un peu avant Noël, un homme âgé salue son voisin, d'un geste amical de la main. Le Rosemontois a été retrouvé dans son domicile, sans vie, trois semaines plus tard... «Ce n'est pas normal et c'est ce genre de chose que l'on souhaite éviter avec notre projet pour les aînés», lance Alain Bourdages, commandant du poste de quartier (PDQ) 44.
Rosemont compte 19% d'aînés sur son territoire, c'est 4% de plus que la moyenne montréalaise. Ces personnes sont aussi plus nombreuses qu'ailleurs à vivre seules... Isolement, abus physique, violence... les policiers du 44 et la table de concertation Vivre et vieillir de Rosemont ont travaillé pendant des mois afin de mettre en place un guichet unique, le 514 885-6757, que nos aînés pourront désormais joindre en toute confidentialité.
Besoin d'aide pour le transport ou pour l'entretien ménager? D'un coup de fil quotidien question qu'on s'informe de votre santé? D'un conseil parce qu'un de vos proches vide votre compte en banque ou vous fait la vie dure? Yvon Cléroux, agent de liaison, fera, selon le besoin, le lien avec le CLSC, la police, le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels, Tandem, le Carrefour Montrose, par exemple. À chaque problématique, sa solution, pourrait-on dire.
Le principal défi? Rejoindre les personnes âgées là où elles vivent. Pour ce, on a dû tout inventer. Un travail colossal a d'abord été mené sur le terrain par les services de police. Institutions financières, salons de coiffure, bingo, dépanneurs: une centaine de lieux fréquentés par les personnes âgées ont été visités. «Nous leur avons demandé le pourcentage d'aînés qui vont dans leur établissement afin de mieux établir où nous devions cibler nos efforts», explique Nathalie Lavoie, agent sociocommunautaire du PDQ 44, un des piliers du projet. De là, les quartiers comprenant des CHSLD et HLM, des établissements susceptibles d'offrir aux personnes âgées des services de base, ont été écartés. «On a ainsi pu établir six zones potentielles où on pouvait retrouver une concentration plus élevée de personnes âgées isolées. «Dès vendredi, on fera du porte-à-porte dans ces secteurs afin de glisser aux résidants un petit carton avec le numéro à composer, en cas de besoin.» Le même petit aide-mémoire sera aussi distribué dans plusieurs commerces, indique Alain Bourdages.
Les policiers du PDQ 44 ont présenté leur démarche à Québec, devant Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés. Cette dernière s'est montrée très impressionnée par l'initiative locale, une façon de faire qui n'a pas d'équivalent au Québec, croit-elle. L'exercice pourrait bien être exporté hors de nos frontières, a-t-elle laissé entendre, lundi, lors du lancement de l'initiative aux Habitations Nouvelles Avenues.
Cette dernière mise d'ailleurs, dans sa propre politique sur les aînés actuellement en chantier, sur le travail des agents de liaison ou «de rang», un peu comme le font les travailleurs de rue auprès des jeunes. «L'agent de liaison est un élément clé du projet dans Rosemont. L'objectif, à terme, serait de rendre ce poste permanent», souligne-t-elle.
Le ministère des Aînés a investi 2000 $ dans l'aventure. Le PDQ 44 a mis ses policiers à contribution. Quant au Carrefour Montrose, il a obtenu le financement gouvernemental pour payer le salaire de l'agent de liaison. L'initiative a un an pour faire ses preuves. «L'objectif final est de rendre ce poste permanent», espère aussi Jacques Brosseau, directeur du Carrefour Montrose.
(Photo:Jacques Pharand)