Tenir le fort pendant un an
Hélène Dagenais, directrice générale
Carrefour communautaire de Rosemont l’Entre-Gens
Novembre 1990 – 5675, rue Lafond. L’éclaircie qui flotte au dessus du Carrefour communautaire de Rosemont l’Entre-Gens au cours des années 1980 s’estompe brusquement au tournant de la décennie qui suit. La mort d’un des plus brillants animateurs du centre, dans les murs mêmes de l’établissement, assombrit en effet l’arrivée du nouveau coordonnateur, Pierre Durand. Comme accueil, on aura déjà vu mieux …! À peine six semaines après son entrée en fonction, ce dernier doit composer avec la disparition d’un des poids lourds du centre.
Cette tragédie survient quelques semaines après le départ de l’animateur des succès du Carrefour depuis 1981, Paul Cousineau, parti piloter la jeune Corporation de développement économique de Rosemont – La Petite Patrie (CDEC). Son successeur ne prétend pas changer de fond en comble un organisme qui, à son propre avis, est plutôt efficace. Embauché par intérim, il s’engage à tenir le fort pendant un an … Avant tout, les événements l’amènent à opérer, avec l’ensemble du personnel, des bénévoles et des partenaires, une délicate sortie de turbulence. Ce qu’il réussit brillamment !
Après ce difficile examen d’entrée dans la décennie, le Carrefour peut poursuivre ses principales interventions auprès des jeunes familles, des adolescents et des « 18-30 ans ». Bien que la machine ronronne toujours, elle nécessite certaines mises au point ! D’abord, renouveler une convention collective qui ne sert plus aussi bien les employés et le conseil d’administration. Ensuite, rendre la maison des jeunes, issue du programme municipal Jeunesse 2000, plus autonome face à la Ville de Montréal. Et, finalement, corriger le tir à la Banque d’emplois où l’on s’éparpille trop pour décrocher des contrats et créer des revenus précaires; on assiste à la naissance de l’entreprise d’insertion professionnelle Proprêt.
Le financement de base permet notamment de contribuer à la stabilisation du personnel ainsi qu’à un réajustement des conditions de travail. La mise en place d’avantages sociaux tels la contribution de l’employeur à un régime d’épargne retraite (REER) permettra, au cours des prochaines années, de mettre fin au roulement au sein du personnel; l’arrivée de trois nouvelles personnes responsables de secteur confirme que la relève est bien amorcée. L’organisme réussit même à financer quelques 100 000 $ en réparations diverses !
Sous la direction d’un nouveau coordonnateur, le Carrefour structure ses actions et opère une description complète des tâches du personnel. Le financement de l’organisme, qu’il provienne de Centraide, du ministère des Loisirs ou de celui de la Santé et des Services sociaux, est consolidé. Le Carrefour devient membre de la Fédération québécoises des centres communautaires de loisirs. Alors que les ordinateurs personnels envahissent les bureaux et qu’un Bloc québécois investit Ottawa, le Carrefour peut se consacrer au développement de la communauté de Rosemont.
À preuve, en réponse au ralentissement économique qui signe entretemps la mort des Ateliers Angus, tirant un trait définitif sur un passé glorieux, le Carrefour s’investit dans le soutien d’une action de relance des Ateliers ainsi qu’à la restructuration du Comité de vie de quartier (COVIQ) qui se transforme en CDC.