La spécialiste des questions de transport Florence Junca-Adenot estime qu'il faudra faire preuve de patience quant au redéveloppement du secteur Masson et d'Iberville. (Photo: Éric Carrière)
Masson-d’Iberville: un carrefour urbain mal défini et mal foutu
Pour Florence Junca-Adenot, professeure associée au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM, le carrefour des rues Masson et d’Iberville demeure un épineux problème en matière de redéveloppement urbain.
Mal défini et mal foutu, ce secteur de l’arrondissement Rosemont – La Petite-Patrie souffre de l’urbanisation à tout vent ayant suivi la Deuxième Guerre mondiale, ces années d’effervescence pendant laquelle Montréal a littéralement explosé, ses nombreux villages se rapprochant les uns des autres par le biais d’un développement orchestré, dit-elle, au gré des besoins et pressions du moment, sans vision.
« La difficulté d’un quartier comme celui-ci, c’est de lui trouver une identité à partir d’une force en terme de regroupement d’investissements. Ce n’est pas un quartier comme tel. Ici, il faudra y aller petit pas par petit pas. Chaque fois qu’un terrain se libèrera, qu’un édifice n’aura plus de valeur ou de raison d’être, il faudra, je pense, agir en essayant d’y construire des fonctions complémentaires qui renforceront le secteur », relate-t-elle en entrevue.
Contrairement à d’autres projets de redéveloppement, par exemple ceux en voie de réalisation au métro Rosemont ou dans Griffintown, le hic avec le quartier autour de Masson et d’Iberville, c’est qu’il faudra faire preuve de patience.
Les interventions possibles devront s’opérer à long terme, en vertu d’un plan précis basé sur des choix dont il ne faudra pas déroger en cours de route.
« Ça prend une vision pour faire ce genre d’opération. On ne peut pas laisser ça entre les mains d’une seule personne. Il faut qu’un promoteur ou un propriétaire soit appuyé par un plan développé par l’arrondissement, lequel voit sur un horizon à long terme. (…) C’est très difficile de reproduire l’expérience du Technopole Angus dans le secteur de Masson et d’Iberville, car le quartier est complètement bâti. Il n’y a pas d’immenses friches industrielles sur lesquelles on peut capitaliser. Il y a, cela et là, quelques endroits à redévelopper, mais vous ne pouvez pas faire une opération de démolition et d’expropriation à grande échelle, parce qu’il n’y a pas assez de valeur ajoutée qui justifie un tel coût, alors qu’il y a, ailleurs à Montréal, beaucoup d’endroits où on peut travailler dans de meilleures conditions », affirme-t-elle.
La Promenade Masson, une épine dorsale
Pour Mme Junca-Adenot, une spécialiste des questions de transport – elle était présidente-directrice générale de l’Agence métropolitaine de transport jusqu’en 2003 –, la Promenade Masson, de plus en plus chic et invitante, pourrait servir d’épine dorsale et faciliter la réhabilitation de l’ensemble du quartier situé à son extrémité ouest.
« La Promenade Masson pourrait servir de moteur », dit-elle, mais elle s’empresse d’ajouter que dans un contexte financier précaire, la métropole doit retenir les options les plus logiques, donc celles rapportant dans un laps de temps relativement court.
« Si Montréal prend les bonnes décisions, dans un contexte où elle a peu de moyens et dans un contexte démographique relativement stable, elle va le faire autour de pôles qui ont, promptement, plus de chances de se développer. C’est le cas du métro Rosemont et du Technopole Angus, qui est développé à plus de 50 % maintenant, mais aussi de Griffintown ou du projet de Radio-Canada. (…) Ce qu’on ne peut pas faire à la hauteur de Masson et d’Iberville, on va pouvoir le faire au métro Rosemont : du résidentiel pour toutes les catégories, des commerces, des bureaux, des parcs, une bonne desserte de transport en commun et actif, et progressivement, à partir de ce pôle, on va avoir un effet d’entraînement dans tout le quartier », explique Mme Junca-Adenot.
En somme, pour attirer de nouvelles entreprises dans le secteur de Masson et d’Iberville, qu’elle décrit comme un no man’s land, et pour intéresser les promoteurs à initier des projets immobiliers, il faudra non seulement revamper le secteur (avec une signature lui étant propre), mais lui donner les conditions gagnantes qui, pour l’heure, lui font cruellement défaut.