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Journal de Rosemont - La Petite-Patrie
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Salut Bernard !

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Article mis en ligne le 17 octobre 2006 à 12:01
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Salut Bernard !
«Mon rêve serait d’acheter une salle de spectacle et de donner un lieu au jazz», avait lancé un jour le Messie du jazz. Bernard Primeau n’a pas concrétisé son rêve, il laisse cependant un héritage posthume; une fondation qui portera son nom. www.bernardprimeau.com.(Photo: Michel Verreault)
Salut Bernard !
Les Art Blakey, Kenny Clark, Elvin Jones et Max Roach rivalisent maintenant de la baguette avec lui devant l’Éternel. Bernard Primeau, l’Apôtre du jazz ou encore le Messie, comme on l’appelait affectueusement dans la communauté jazz, a baissé baguettes, le 9 octobre. Cancer. Il avait 67 ans.
Le musicien possède une fiche impressionnante: deux Félix, trois vidéoclips, 11 disques et une quarantaine de spectacles par année partout en province; quand ce n’est pas chez nos cousins français. L’homme à la tête du Montréal Jazz Ensemble a habilement mené sa barque sur les vagues du «mainstream», un style qui n’avait plus de secret pour lui.
Un brin d’histoire
À 15 ans, il accompagne déjà les Pierre Lalonde et Michèle Richard. «J’ai fait de la tournée et joué dans tous les gros clubs, le Casa Loma, le El Moroco, Le café du Nord. On jouait de 22 h à 5 h du matin sept soirs par semaine avec un spectacle différent à chaque semaine. C’était une drôle d’école.» Le jazz, c’était dans les clubs de danseuses que ça se jouait, a raconté Bernard Primeau au détour d'une rencontre.
De 1965 à 1969, Primeau renoue avec le jazz et vit les belles heures du Black Bottom avec les Vic Vogel, Sonny Greenwich, Charlie Biddle et le guitariste Nelson Symonds qui deviendra son mentor. Puis, c’est le trou noir des années 70. Comme plusieurs autres musiciens montréalais, il plie bagage pour les Bermudes, puis la Californie.

Début des années 80, le jazz refait surface dans la métropole et Bernard Primeau revient. Mais tout est encore une question de survie. «J’aurais probablement tout lâché si je n’avais pas commencé à jouer avec Oliver Jones». C’est au sein de cette formation qu’il aura l’occasion de faire les premières parties de Sarah Vaughn et d’Ella Fitzgerald.

En 1984, il fonde sa propre formation. «Ça m'a sauvé. La vie ce n’est pas un compte de banque. Avant 30 ans je n’y pensais pas, mais à partir de 30 ans, les temps ont été durs pour moi. J’avais tellement mis de l’énergie dans ma carrière, je ne comprenais pas comment il se faisait que je n’arrivais pas à bien en vivre. J’ai appris comment fonctionnait l’industrie pour me servir du système. Je l’ai fait pour survivre. Je suis un des rares musiciens qui soit passé au travers, on m’appelle le survivant!», avait-il rigolé.
Un battant
Voilà pour la feuille de route. Mais le musicien ne vibrait pas pour son art que sur la scène. Il fallait le voir exhiber fièrement ses deux Félix ou déambuler dans les rues de la métropole au volant de sa mini-fourgonnette portant l’effigie des statuettes pour comprendre que ces distinctions allaient au-delà de la reconnaissance de ses pairs. Ceux qui l’ont vu recevoir, l’année dernière, le prix Oscar-Peterson, hommage décerné par le Festival International de Jazz de Montréal, l’ont bien senti. Chaque prix pour lui signifiait une nouvelle victoire sur la rude réalité que vivent nos musiciens de jazz. Un croc-en- jambe à la guigne qui, trop souvent, paralyse le talent et empêche d'aller de l'avant. Une preuve de plus que derrière le batteur, il y avait un battant.
Nouvel album
Bernard Primeau a rendu les armes à deux jours du lancement de son dernier disque Rencontre Jazz et Classique . Toujours son band, mais cette fois, il a misé sur la collaboration des Violons du Roy.
Ce soir-là, la communauté jazzistique montréalaise au grand complet semblait s’être donné rendez-vous au Gésù. «Je lui ai montré à jouer de la batterie, je lui ai donné quelques bons trucs. Bernard avait le sens du rythme, du swing, pis toute la patente», a témoigné l’inénarrable Ti-Guy Nadon.

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