Des années et des boîtes. Régent Gosselin conserve chez lui une cinquantaine de cartons remplis de négatifs et de CD. Des milliers de témoins de la vie dans Rosemont-La Petite-Patrie, Hochelaga-Maisonneuve et d’ailleurs puisqu’il a aussi joué de la caméra un peu partout sur l’Île. (Photo: Jacques Pharand)
Trente ans à «peser sur le piton»
Qui ne connaît pas Régent. Il «pèse discrètement sur le piton» depuis 30 ans. Derrière sa lentille, il a vu pousser toute une génération de p’tits culs jouant au hockey, de résidants méritants et toute une flopée de politiciens. Il a croqué sur le vif les bons coups comme les aberrations. Un monument, à sa façon, notre Régent. Il aura 65 ans, le 2 novembre.
Jour, soir et fin de semaine. Le travail est exigeant et disons-le, pas toujours payant. La retraite se pointe le nez, mais Régent Gosselin ne veut pas tirer sa révérence. Il continuera à fixer le quotidien, comme il l'a toujours fait, en tentant, chaque fois, de semer des petites graines de bonheur sur son passage dans Rosemont-La Petite-Patrie et Hochelaga-Maisonneuve.
«Les gens sont familiers avec moi. Ils me respectent et savent que moi aussi je les respecte. Je fais mon travail, sans les bousculer. Je le fais simplement, dans l’ombre, je suis comme ça», finit-il par dire à l'arraché.
Car pas facile de le faire parler sur lui, ce cher Régent.
Pourtant, il n’a pas son pareil pour dresser un topo. Partir en reportage avec lui, c’est avoir droit à une leçon d’histoire en accéléré sur le quartier, l’heure juste sur nos leaders ou le développement entourant bâtiments, projets, écoles, parcs et consorts. Trente ans à sillonner son coin de ville, ça laisse des traces.
Les Nouvelles de l’Est début et fin
Ses premiers clichés ont été publiés dans l'hebdo les Nouvelles de l’Est. Ironiquement, il survit au journal qui imprime cette semaine sa dernière édition.
Autodidacte, il prend ses premières images avec un Instanmatic… qui prendra vite le chemin de la poubelle. «Quand j’ai vu ce que ça donnait, j’ai dit non. Je me suis acheté un Minolta et j’ai commencé à développer mes photos dans ma chambre noire, chez moi. Maintenant, je travaille avec un appareil numérique, mais c’est pas pareil. Les meilleures photos, c’est encore sur film et en noir et blanc qu’on les prend. Avec les journaux aujourd’hui, on ne peut plus fonctionner comme ça.»
Aux premières loges de l’action
Régent Gosselin a quelques faits d’armes derrière la cravate. «Un jour, le député Jean-Claude Malépart m’appelle pour me dire de me rendre devant les locaux des Nouvelles de l’Est. Jean-Claude, il avait le coeur grand comme ça, mais ce jour-là, il était enragé contre le journal. Quand je suis arrivé, tous les médias étaient là», pour peu il aurait déchiré le journal sur la place publique, se souvient Régent. Pas banal!
Son moment de gloire, il l’a eu en 1999. Stéphane Dion, à l’époque ministre fédéral des Affaires gouvernementales, venait de faire une allocution sur le site Angus avant de se rendre au Chic Resto-Pop. «Pas une bonne idée, un quartier bloquiste…» C’est là que l’improbable se produit; au moment où Régent mitraille le ministre libéral, un petit rigolo lui écrase une tarte à la crème en pleine bouille. La photo fait vite le tour des médias et remporte le prix du meilleur cliché au concours des Hebdos du Québec. C’est pas rien ça, mon Régent.
«Ma carrière est derrière moi, laisse-t-il échapper. Je n’ai rien à prouver. Je veux continuer à faire de la photo par plaisir.»