Les images et les symboles jouent un rôle important dans les apprentissages chez les enfants autistes. Tout le matériel, fabriqué spécialement pour chaque enfant, est patiemment découpé, assemblé et plastifié par les enseignantes et les éducatrices après les heures de classe.
(Photo: Jacques Pharand)
Une école pas tout à fait comme les autres
Les parents se penchent sur l'avenir de l'école Saint-Étienne
Cette école primaire du quartier Petite-Patrie, où près d'un élève sur trois présente un trouble envahissant du développement, est visée par les projets de fusion de la CSDM. Les parents cherchent une solution.
Depuis trois ans, Lauréanne fréquente l'école Saint-Étienne. Présentant un trouble associé à l'autisme, la fillette de 11 ans ne sait ni lire ni écrire et démontre plusieurs troubles d'adaptation. Grâce au programme d'apprentissage TEACCH, elle communique beaucoup mieux. Mais surtout, les périodes de jeu avec les autres enfants «réguliers» ainsi que les activités organisées avec les autres classes l'ont tranfigurée.
«Elle se sent valorisée. Les enfants autistes vivent souvent un grand sentiment d'échec. Quand ils réussissent à bien s'intégrer, ils ont la chance de connaître des sentiments de réussite», souligne sa mère, Sylvie Allarie.
Comme plusieurs autres parents de Saint-Étienne, la maman voit avec inquiétude le projet de fusion avec une autre école de quartier se profiler à l'horizon. «C'est important que Saint-Étienne reste une petite école. Pour ma fille, cela serait très difficile voire impossible de s'intégrer dans une plus grosse structure. S'il y a trop de monde autour d'elle, elle devient confuse.»
Sur les 12 classes que compte l'école Saint-Étienne, six sont réservées à des enfants autistes. Le projet de l'établissement repose sur la cohabitation des deux populations d'enfants. Ceux-ci se côtoient à chaque étage et dans la cour de récréation. Des activités jumelant élèves autistes et réguliers sont également organisées.
«On vise la socialisation. Les enfants apprennent à développer plus de spontanéité, ils s'éveillent davantage», indique Lucie Théberge, psychoéducatrice.
Déclin démographique
L'école est visée par le plan triennal de la Commission scolaire de Montréal, qui réévalue l'occupation de ses immeubles. Les établissements les moins fréquentés sont ainsi invités à proposer des solutions, qui peuvent passer par la fusion avec une autre école.
Saint-Étienne n'échappe pas au déclin démographique qui frappe les écoles montréalaises. L'établissement a perdu une trentaine d'élèves depuis la dernière année scolaire. Avec 130 inscrits en 2006, elle est loin du seuil de 250 élèves fixé par la CSDM pour maintenir une école ouverte.
La consultation est enclenchée auprès des parents, qui sont amenés à réfléchir sur l'avenir qu'ils souhaitent pour leur école. Réunis en assemblée générale le 29 novembre dernier, ils doivent faire ces jours-ci une proposition concrète à la CSDM. «C'est très court. Nous avons très peu d'information sur les autres écoles. Nous allons devoir trouver des solutions originales», déclare Audrey Gendron, présidente du conseil d'établissement.
Parmi les pistes explorées: Faire mieux connaître cette école et son projet pédagogique auprès des familles du quartier. «Saint-Étienne n'est pas seulement pour les enfants autistes, elle accueille aussi des élèves réguliers. On a peut-être manqué, par le passé, de faire découvrir cette école», souligne-t-elle.
«Nous espérons avoir plus d'élèves à la rentrée prochaine et renverser la vapeur», indique Audrey Gendron. Les parents fondent beaucoup d'espoir sur le développement résidentiel du site des anciens ateliers municipaux, en cours de réalisation, qui accueillera des dizaines de familles.
La commission scolaire aura-t-elle la patience d'attendre jusque-là ? «Nous avons un an pour redéfinir le projet éducatif et articuler le tout», signale la directrice de l'école, Annie Caron. La nouvelle configuration est prévue pour entrer en vigueur au 1er juillet 2008.
La méthode TEACCH
Mise en place aux États-Unis en 1966 par Eric Schopler , élève du psychanalyste Bruno Bettelheim, le programme TEACCH (Treatment and Education of Autistic and related Communication handicapped CHildren) est un programme de traitement et d'éducation pour les enfants de tous les âges, atteints d'autisme et de troubles apparentés du développement. L'objectif général du programme est de permettre à l'enfant autiste de s'insérer dans son environnement naturel, afin de favoriser le développement de son autonomie.
(Photo: Jacques Pharand)
(Photo: Jacques Pharand)