S’inventer un village urbain
Tout à portée de la main, à quelques enjambées ou coups de pédales… Équiterre propose à la collectivité de Rosemont-La Petite-Patrie de se rallier derrière un grand projet reposant sur l’achat local, une initiative pied de nez au tout à l’auto.
Je m’active dans mon quartier. Pendant environ deux ans, cette petite phrase risque d’être reprise en chœur par de plus en plus de gens. Déjà, une dizaine d’acteurs importants dans la communauté ont planché avec Équiterre sur cette idée un peu folle de faire de Rosemont et de la Petite-Patrie un grand village urbain.
Tout trouver ce dont on a besoin sans avoir à démarrer la voiture. La formule est simplette mais on y gagnerait en qualité d’air, en sécurité dans les rues, et, mine de rien, on améliorerait notre santé physique d’où l’intérêt notamment des deux Centres de santé et de services sociaux du coin de mettre la main au projet.
Je m’active dans mon quartier a notamment emballé l’équipe de la Corporation de développement économique communautaire (CDEC) de Rosemont-Petite-Patrie. On boude la culture des magasins à grande surface et on place l’activité économique locale aux premières loges de l’initiative à saveur écologique, ce qui ébranle drôlement le mur de l’utopie. La promotion de l’achat local devenant la pierre angulaire sur lequel repose toute la structure du projet pilote, ce sont non seulement nos poupons qui respireront moins de polluants, mais le boulanger, le serrurier comme le libraire qui verront, pour leur part, leur santé financière s’améliorer.
Car l’idée du «dans un commerce près de chez vous» risque, en bout de ligne, de faire boule de neige et attirer une multitude de nouveaux commerçants flairant la bonne affaire. «Des gens qui, en retour, auront peut-être le goût de supporter une équipe sportive ou d’aider financièrement un organisme communautaire dans le quartier», et , à peut-être, avoir l'idée d'installer un support à vélo devant son établissement, fait valoir Jean François Lalonde, directeur général de la CDEC Rosemont-Petite-Patrie.
«En intégrant la marche et le vélo dans notre quotidien, nous faisons plus que de se rendre au point A au point B. Nous nous mettons en forme, nous redécouvrons notre quartier, diminuons notre impact sur l’environnement et nous soutenons notre commerce du coin, résume Anny Létourneau, conceptrice du projet chez Équiterre.
Taper sur le clou
Le plan d'action concocté dans l'arrondissement s'inscrit directement dans la philosophie montréalaise d'améliorer le réseau cyclable et de se doter d'une charte des piétons. «On continue de taper sur le clou», image Carole Du Seault, conseillère du district Étienne-Desmarteau et présidente du comité d’action du projet local. «Il faut que vivre en éliminant les distances, pour ne plus avoir recours à l’auto, devienne un choix.»
Poser les jalons
Bien joli tout ça mais difficile d'étouffer un petit «oui mais…». Par exemple, va pour prendre son vélo afin d'aller chercher son litre de lait au coin de la rue. Mais de là à laisser aller fiston âgé de 9 ans seul en vélo jusqu’à l’école, il reste du travail à faire. «Ce ne sera peut-être pas pour demain, mais il faut le voir comme un but à atteindre, peut-être dans 10 ans», expose Louis Bienvenue, directeur de l’école secondaire Père-Marquette, établissement aussi impliqué dans le projet. Mais il faut poser des gestes qui vont contribuer à ce que cela se produise éventuellement.»
Il faut innover un brin, dit-il. On peut imaginer des parents à vélo se relayant afin de faire une sorte de covoiturage sur deux roues, et passerait prendre des enfants, en cours de trajet.
Pour les plus vieux, comme ceux qui fréquentent Père-Marquette, si on veut stimuler leur intérêt envers le vélo, il faut premièrement aménager un endroit où ils pourront laisser sans crainte leur bécane. Rien de plus simple, fait le directeur: «L’école fournit les caméras de surveillance et l’arrondissement aménage le terrain.» Et hop, une centaine de cyclistes de plus à mettre sur la liste des gains!