Une moulure ramassée sur un chantier se conjugue avec des morceaux de piano pour donner naissance à une pimpante petite table à tiroir.
(Photo: Jacques Pharand)
Chaise à trois pattes et autres petits meubles rescapés
D'une nécessité d'abord économique, Martin Charlebois en a fait un mode de vie. Cet artisan récupérateur spécialisé dans les projets verts de rénovation glane dans les chantiers et sur les trottoirs de Montréal des matériaux et des meubles qui, entre ses mains, subissent une spectaculaire métamorphose.
«Je n'ai jamais acheté un meuble de ma vie. Sur les trottoirs de Montréal, on trouve tout ce dont on peut avoir besoin pour meubler un logement», déclare Martin Charlebois. Dans le sous-sol de l'artisan, sur la 12e Avenue, les objets délaissés trouvent une nouvelle vocation.
Une vieille patère et quelques planches, et voici un rangement pour chambre d'enfant qui surclasse les modules d'Ikea. Une girafe africaine décapitée devient une console insolite. Un poteau en cèdre trouvé aux poubelles est débité en tranches qui sont assemblées en mosaïque pour former un dessus de table. Un tronc de ficus desséché devient une patte de meuble. Une moulure ramassée sur un chantier se conjugue avec des morceaux de piano pour donner naissance à une pimpante petite table à tiroir.
Le charme des objets usagés réside souvent dans leurs imperfections. Celles-ci donnent à l'artiste matière à exprimer sa créativité. Les craques et les fêlures représentent pour Martin Charlebois autant de qualités à exploiter sur le plan visuel. Dans une plaque de marbre fêlée, il incruste des bougies. Il lui ajoute quatre pieds et voici une table des plus sympathiques pour un dîner aux chandelles. À une chaise à laquelle il manque une patte, il greffe une béquille.
Diminuer la pression sur les forêts
Pour ce diplômé en arts plastiques du cégep Saint-Laurent, cette démarche participe d'une véritable préoccupation pour l'environnement. «Quelque chose que tu trouves, pourquoi le jeter ?», questionne cet incorrigible «ramasseux», qui avoue avoir une propension à tout conserver. «Vieux cordage, morceaux de «Ri>styrofoam<@$p>… Tout peut avoir son utilité», estime-t-il.
«Cela coûte très cher de se débarrasser des objets dont on ne veut plus. Si on ne récupère pas, on a besoin de bois pour fabriquer d'autres meubles. On coupe alors des arbres qui n'auront pas la possibilité de capter des gaz à effet de serre. En récupérant, on contribue à diminuer la pression sur les forêts», estime-t-il.
Une maison pour 10 000 $
Chez Martin Charlebois, cette collectionnite aiguë remonte à l'adolescence. Déjà, il ramassait des morceaux de métal pour bricoler des sculptures et des assemblages. Mais c'est au cégep qu'il commence à travailler sur des meubles récupérés.
«Cet intérêt est né d'abord de considérations économiques. Plus jeune, je n'avais pas d'argent pour m'acheter des meubles, je récupérais donc ceux que je trouvais dans la rue. Puis, c'est devenu un mode de vie», raconte l'artisan.
Une préoccupation qui ne se cantonne pas au mobilier, mais se prolonge chez Martin Charlebois jusque dans la conception d'un logement. Dans ses chantiers de rénovation écologique, il privilégie l'emploi de matériaux verts et maximise la récupération des matériaux. Une manière de faire qu'il a eu l'occasion de mettre en pratique en travaillant sur un projet des Artisans du rebut global. Son rêve ? «Construire une maison avec 10 000 $». Un projet qu'il juge parfaitement réalisable.
Un avenir prometteur
Si les vêtements recyclés rencontrent un certain succès auprès du public, le travail des artisans récupérateurs, lui, gagne encore à être connu, croit Martin Charlebois. Il considère cependant que ce marché est appelé à se développer proportionnellement à la progression de la préoccupation environnementale chez les gens.
Récemment, l'artisan a participé à plusieurs expositions collectives, comme l'Expo 3R à la Tohu, Environnart et Noël vert à la Biosphère. Il rêve cependant d'un endroit où il pourrait présenter ses créations sur une base permanente.
En ce moment, on peut les découvrir chez le marchand de fleurs Abaca, au 2565, rue Beaubien Est. Du 17 au 28 février, plusieurs de ses pièces seront également à la bibliothèque du Mile-End dans le cadre d'une exposition sur l'art recyclé.
On peut joindre Martin Charlebois au 514 585-0258 ou à artisan.recy@videotron.ca.
(Photo: Jacques Pharand)