Lise Petitclerc : «Il est important que nos jeunes vivent des succès dans des milieux aidants, soutenants».
(Photo : Jacques Pharand)
Les jeunes ont le goût de nous dire…
«À un ami qui broie du noir, tu dirais quoi ?», demande à Sarah la directrice de l'école Joseph-Charbonneau, Marie Dallaire. L'adolescente réfléchit une seconde. «C'est assez simple, répond-elle. Je lui dirais : veux-tu faire quelque chose ? Une activité sportive ? C'est l'occasion de montrer que la vie est belle.» Pour une 22e année, le programme du Goût de vivre est là pour rappeler aux jeunes que la vie est belle.
Cela fait en effet 22 ans que la Table de concertation Jeunesse Villeray – La Petite Patrie mobilise les jeunes dans une campagne de prévention du suicide et de promotion de la santé mentale avec le programme du Goût de vivre, dont le temps fort est toujours la Semaine du Goût de vivre, qui se déroulera cette année du 26 au 30 mars.
Mercredi dernier, tous les partenaires, dont la Commission scolaire de Montréal et le Centre de santé et de services sociaux du Cœur-de-l'Île, étaient réunis à l’école secondaire Joseph-Charbonneau pour le dévoilement de la programmation de cette semaine inscrite pour une seconde année sous le thème «J’ai le goût de te dire…».
Cinq écoles secondaires, six de niveau primaire, le centre d'éducation aux adultes Marie-Médiatrice et plusieurs organismes communautaires des quartiers Villeray et Petite Patrie ont prévu une série d’activités pour favoriser des moments d'échanges et de plaisir entre les enfants.
C'est ainsi que l'on a imprimé à 6000 exemplaires une carte postale qui permettra un échange de courrier entre les jeunes. Lucie Théberge, des écoles Saint-Ambroise et Saint-Étienne, a expliqué que les élèves de ces deux établissements seront invités à s'observer mutuellement et à s'écrire une remarque positive. «C'est important que les jeunes prennent le temps de se dire ce qui va bien, ce qui est beau.»
«Il est important que nos jeunes vivent des succès dans des milieux aidants, soutenants», a rappelé Lise Petitclerc, de la Table de concertation Jeunesse Villeray – La Petite Patrie.
Dans le cadre de ce programme qui valorise l’écoute, l’entraide et l’amitié, les jeunes auront également droit au cours de la semaine à des ateliers sur la communication.
Au Québec, le suicide est la première cause de décès chez les hommes âgés de 15 à 39 ans. De 1996 à 2003, à Montréal, 73 jeunes de moins de 20 ans se sont enlevés la vie. Trois demeuraient dans les quartiers Villeray et Petite Patrie.
On ne saurait dire combien de pertes de vie aussi tragiques, le programme du Goût de vivre a permis d'éviter au cours de la même période. Ce qu'on sait par contre, c'est qu'une étude sur l'impact de la semaine démontre une amélioration significative de l'estime de soi, ainsi qu'une progression dans l'acquisition des connaissances reliées au suicide et les diverses façons d'aider un ami en détresse.
De jeunes vies stoppées aussi abruptement, «ça n'a pas de bon sens», a confié le commissaire scolaire Kenneth George lors du lancement de la Semaine du Goût de vivre. «On doit agir par rapport à cela.»
L'amitié entre jeunes, c'est fort. Au chapitre de la prévention, les pairs ont un rôle important à jouer. Les adultes aussi, a dit le commissaire. «Face aux jeunes qui s'enlèvent la vie, nous, adultes, avons une énorme responsabilité», a-t-il expliqué, soulignant qu'ils ont particulièrement le pouvoir de la parole, un pouvoir que l'âge et l'expérience de vie affinent. «C'est fascinant ce qu'un mot peut avoir comme effet, a constaté M. George. Nos paroles pèsent très lourd, et il faut que l'on sache utiliser ce pouvoir.»
Saluant le programme du Goût de vivre, auquel il apporte son appui depuis plusieurs années, Kenneth George a dit souhaiter qu'il s'étende à d'autres quartiers. «Il pourrait servir de modèle ailleurs», a-t-il dit.
(Photo : Jacques Pharand)