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Couillard juge que les dentistes prennent en otage les plus démunis

Presse Canadienne Article mis en ligne le 27 mars 2008 à 0:00
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Couillard juge que les dentistes prennent en otage les plus démunis
Le ministre de la Santé, Philippe Couillard. LA PRESSE CANADIENNE /Jacques Boissinot
QUEBEC - Un marathon de négociations intensives débutera vendredi après-midi entre les dentistes et l'Etat, en vue de sortir de l'impasse actuelle et fixer leur rémunération.
Entre-temps, les enfants de moins de 10 ans et les assistés sociaux feront les frais du conflit, s'il perdure, étant donné que les dentistes ont choisi jeudi de se désaffilier du régime public.
Pour préserver la gratuité des soins dentaires assurée à ces clientèles, Québec a donc prévu intervenir de différentes façons, tout en déplorant la tournure des événements.
Aux yeux du ministre de la Santé, Philippe Couillard, avec leurs moyens de pression, les dentistes prennent en otage les plus démunis de la société.
"Pour des raisons fondamentalement de morale publique et d'éthique de société, je ne crois pas que ce soit justifié pour des professionnels de la santé qui ont un revenu considérable d'utiliser ce genre de moyens de pression", a déclaré le ministre, en point de presse.
Il juge "inacceptable" de recourir à des moyens de pression qui "littéralement prennent en otage" des personnes vulnérables.
Aussi, pour minimiser l'impact sur ces clientèles, Québec intervient en deux temps.
D'abord, d'ici le 4 avril, les enfants et assistés sociaux qui se rendront chez le dentiste devront donc débourser les frais exigés pour les soins reçus, puis se faire rembourser par la suite par la Régie de l'assurance maladie.
Même si le dentiste facture une somme supérieure au tarif en vigueur actuellement, la régie a indiqué dans un communiqué qu'elle remboursera le montant total demandé au patient.
Pour ce qui est des assistés sociaux, les centres locaux d'emploi mettront à leur disposition des avances de fonds pour acquitter leurs frais dentaires.
Si aucune entente n'intervient avec les dentistes d'ici là, un décret gouvernemental permettra à la Régie de l'assurance maladie de rembourser les factures présentées par les dentistes aux patients, à compter du 4 avril.
Il reviendra alors aux patients de faire la démarche de remboursement, mais ils n'auront pas, à compter du 4 avril, à payer de leur poche pour obtenir des soins dentaires.
Le dentiste remettra une facture au patient, qui l'enverra à la régie. Cette dernière expédiera un chèque au patient qui pourra alors payer son dentiste.
Le président de l'Association des chirurgiens dentistes, Serge Langlois, juge que le mécanisme annoncé par Québec est d'une "complexité infernale".
Mardi, Québec avait présenté une offre bonifiée à l'association, qui regroupe 2345 membres, mais elle l'a aussitôt qualifiée de "véritable attrape-nigaud".
Chaque année, Québec verse environ 100 millions $ en rémunération aux dentistes pour acquitter les soins dentaires fournis gratuitement aux enfants et aux assistés sociaux, qui constituent 10 pour cent de leur clientèle.
"Les dentistes disent qu'ils ont l'impression qu'ils prennent l'argent dans leur poche pour traiter ces gens-là, on est rendu loin", a déclaré M. Langlois, en entrevue téléphonique, en rejetant du revers de la main les accusations de "prise d'otages" en provenance de Québec.
Québec a consenti à faire passer de 26 pour cent à 40 pour cent l'augmentation tarifaire, répartie sur plusieurs années, pour les soins à ces deux clientèles.
Elle reproche notamment à Québec de ne pas tenir compte des frais d'exploitation des cliniques dentaires dans la structure des tarifs, un enjeu majeur de la négociation en cours.
En clair, selon leur version des faits, l'augmentation de tarif représenterait 3 pour cent par année, alors que leurs frais d'exploitation augmentent de 3,5 pour cent par année.
Au total, les soins dentaires de 802 000 enfants et 416 000 assistés sociaux sont couverts par le régime public.
Les partis d'opposition ont réagi en critiquant le gouvernement qui, selon eux, a laissé traîné en longueur les négociations depuis cinq ans.
L'opposition officielle se range carrément du côté des dentistes, qui ont présenté des "demandes raisonnables", selon le porte-parole en santé, le député adéquiste Eric Caire.
"On négocie toujours avec le couteau sur la gorge", a dit M. Caire, en point de presse, ajoutant que "l'éthique, c'est négocier de bonne foi", ce que le ministre n'a pas fait, selon lui.
"Les dentistes ne prennent pas les gens en otage. Les dentistes ont été acculés au pied du mur", à ses yeux.
De son côté, le porte-parole en santé de l'opposition péquiste, Bernard Drainville, a dit juger la solution prônée par Québec "archi-compliquée et hyper-bureaucratisée".
Il a refusé de qualifier le moyen choisi par les dentistes pour faire valoir leur point.
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