Jean Charest, le 13 juillet, 2008. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz
MIRABEL - Pour le premier ministre, Jean Charest, la journée de dimanche a été une journée "sans nuage", malgré les trombes d'eau qui se sont abattues sur la province.
"C'est une journée sans nuage pour le Québec, pour Bombardier, et surtout pour les travailleurs", a-t-il lancé lors d'un point de presse à Mirabel, où il a commenté l'annonce par Bombardier du lancement de son projet de construction d'avions de la CSeries.
Plus d'un millier d'emplois seront créés à Mirabel, désignée comme site d'assemblage final de ces nouveaux avions de 110 à 130 places. Il faut ajouter à cela 1200 emplois pour l'usine de Saint-Laurent, où l'on fabriquera le fuselage arrière et le poste de pilotage, et plus de 1000 autres postes en recherche et en développement.
"Une bonne affaire"
Le gouvernement du Québec investira 117 millions $ dans le projet, et le gouvernement fédéral, 350 millions $.
Jean Charest a tenu à préciser qu'il s'agissait d'investissements remboursables sur redevances, ce qui signifie qu'un montant sera versé à Québec et à Ottawa pour chaque avion vendu. Il assure que cette méthode de financement génère des profits pour l'Etat.
"Sur le plan économique et pour les contribuables québécois qui sont appelés à faire un effort pour encourager un investissement comme celui-ci, on fait une bonne affaire", a-t-il fait savoir, ajoutant que tous en sortaient gagnants.
Le transporteur aérien Lufthansa a signé une lettre d'intérêt prévoyant 30 avions, et une option pour 30 autres appareils. Ce n'est qu'un début, croit M. Charest, qui a bon espoir de voir le carnet de commandes de Bombardier s'envoler. Les avions de la CSeries doivent consommer 20 pour cent moins de carburant, et avec la flambée du prix du pétrole, cela pourrait bien constituer un atout.
Avant d'être sélectionnée, Mirabel faisait face à une rude concurrence de Kansas City, dans le Missouri. Selon le premier ministre, la qualité de la main d'oeuvre québécoise a été déterminante dans le choix de Bombardier.
"Quand je monte dans un avion qui porte le nom de Bombardier, ça me rassure (...). Je me dis que c'est quelqu'un de chez-nous qui a construit cet avion-là."
Concessions syndicales
D'autre part, des concessions syndicales ne seraient pas étrangères au choix de Bombardier d'opter pour Mirabel. La semaine dernière, les machinistes de Bombardier Aéronautique ont voté dans une proportion de 82 pour cent en faveur d'une convention collective conditionnelle à l'obtention par Mirabel du contrat d'assemblage des nouveaux appareils.
La partie syndicale accordait notamment à l'employeur la possibilité d'embaucher jusqu'à 15 pour cent d'employés contractuels et consentait à signer une convention à long terme, soit de six ans.
Si le président du Syndicat des machinistes du Québec, Dave Chartrand, refuse de parler de "concessions" mais plutôt "d'investissement dans le futur de l'aéronautique", le ministre du Travail, David Whissell, reconnaît de son côté que les travailleurs ont fait leur part.
"Les syndiqués ont fait preuve de beaucoup d'ouverture avec l'entreprise pour adapter leur convention collective et offrir un milieu compétitif", a-t-il souligné. A son avis, ils méritent de se faire dire "merci" parce que des milliers d'autres Québécois ne travaillant pas chez Bombardier bénéficieront des retombées économiques liées au projet. Au-delà de 1000 emplois devraient être créés uniquement chez les fournisseurs de Bombardier, par exemple.
L'annonce devra réjouir les employés plus jeunes chez Bombardier, qui entretenaient de nombreuses craintes quant à leur avenir. Elle pourrait également inciter des étudiants à choisir les métiers de l'aéronautique.
"Quand il y a eu un ralentissement économique, il y a quelques années, ça a donné l'impression à beaucoup de jeunes qu'il n'y avait pas un avenir très prometteur dans l'industrie", s'est souvenu M. Charest.
"Notre défi, c'est de s'assurer qu'on envoie les bons signaux pour attirer les jeunes à la bonne place, au bon moment."
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