Le phosphate est interdit depuis plusieurs années dans moult produits domestiques. Ceux destinés au lave-vaisselle sont cependant passés dans les mailles du filet législatif. (Photo: Éric Carrière)
Le Bloc fait la chasse au phosphate
Bernard Bigras veut que soit interdit le phosphate dans les savons pour lave-vaisselle
Le phosphate est interdit depuis plusieurs années dans moult produits domestiques, particulièrement dans les savons pour la lessive. Ceux destinés au lave-vaisselle sont cependant passés dans les mailles du filet législatif. Bernard Bigras, député de Rosemont-La Petite-Patrie, tente actuellement de resserrer l’étau sur ces poudres et liquides pointés du doigt qui sont l'une des causes de la prolifération des algues bleues dans nos lacs et rivières.
Au début des années 1970, le phosphate se voyait rayer de la liste de la plupart des produits domestiques. Mais pas dans les produits pour le lave-vaisselle. La popularité grandissante du lave-vaisselle s’est propagée jusque dans les chalets, ce qui change la donne et pose aujourd’hui problème.
Plus pour longtemps? Le 12 juin, la Chambre des communes adoptait la motion proposée par le député bloquiste de Rosemont–La Petite-Patrie visant l'interdiction du phosphate dans ces détergents.
«En décembre, le gouvernement devrait légiférer en ce sens, espère-t-il. Si les conservateurs ne donnent pas suite à la motion votée par les trois partis d’opposition, nous irons de l’avant avec un projet de loi privé.»
Sa démarche est logique et simple. «On demande seulement une modification de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement qui prévoit déjà l’interdiction de la vente des produits contenant du phosphate», fait valoir M. Bigras.
Le problème
Le phosphate relâché dans nos cours d’eau se transforme en phosphore. Cette substance affecte à la baisse le taux d’oxygène dans l’eau, ce qui favorise la prolifération des algues bleu-vert, les cyanobactéries. Ces micro-organismes existent depuis plus de deux milliards d'années et sont naturellement présents dans les cours d'eau du Québec. En faible concentration, leur présence ne cause généralement pas de problème, mais les nouvelles conditions lui permettent de se reproduire rapidement et en abondance.
«Le phosphore a aussi des conséquences en milieu urbain», note Bernard Bigras. La station d'épuration des eaux usées de la métropole n’arrive tout simplement pas à «digérer» ces détergents avant de retourner les eaux traitées dans le fleuve, dit-il. «La station d'épuration des eaux usées de Montréal est le 3e plus grand pollueur d’eau au Canada», la réduction des phosphates serait un petit coup de pouce non négligeable pour nos installations urbaines, juge-t-il.
Bernard Bigras est cependant conscient que sa démarche est une goutte d’eau dans l’océan.
Par ailleurs, ses objectifs, si modestes soient-ils, se butent déjà au mur de l’industrie. L’Association canadienne de produits de consommation a notamment réagi en déposant un mémoire vantant l’amélioration des produits de nettoyage, moins nocifs pour l’environnement. «Pour eux, il n’est pas nécessaire d’aller plus loin», expose Bernard Bigras.
Sur notre site internet: Une liste des détergents pour faire des choix éclairés.