Une petite pancarte sur le terrain rue Jean-Roby, annonçant la construction d'une nouvelle caserne tient courageusement le coup depuis 10 ans. (Photo: Régent Gosselin)
La caserne 31 pourrait fermer ses portes d'ici 5 ans
Rumeur, désinformation? Le bruit court dans La Petite-Italie que la caserne 31 fermera d'ici la fin de l'année et que le véhicule, ainsi que la trentaine de pompiers de l'unité, seraient redéployés à... Dorval. «Une pure invention», a commenté mercredi, Claude Dauphin, responsable de la sécurité à la Ville de Montréal.
Cette nouvelle pour le moins inquiétante émanerait pourtant tout droit du haut commandement du Service de sécurité incendie de Montréal, le SIM, a certifié Michel D'Aoust, capitaine de la caserne 31. C'est lui qui a tiré la sonnette d'alarme auprès du journal de Rosemont–Petite-Patrie.
En réaction, les pompiers de la rue Saint-Dominique ont commencé leur offensive il y a trois semaines et une pétition contre le déménagement à Dorval a déjà recueilli presque 500 noms, a-t-il résumé.
Pour l'heure, on ne les voit pas encore pancarte à la main aux portes de la caserne. Mais le capitaine promet une levée de boucliers digne de celle de la caserne 26, dans le Plateau–Mont-Royal. Une mobilisation qui a permis d'éviter la fermeture du poste, a-t-il rappelé.
Si ce scénario se concrétise, c'est tout le secteur ouest de l'arrondissement qui en souffrira, a-t-il argué. «C'est certain que l'on va voir les temps de réponse augmenter, une situation que le SIM reconnaît lui-même.»
Les appels locaux seront vraisemblablement redirigés vers les casernes 41, (Parc-Extension), 30 (Plateau–Mont-Royal) et 75 (Outremont). «Les véhicules d'urgence devront traverser des artères majeures et risquent ainsi d'être pris dans la circulation», a déploré le capitaine D'Aoust.
Une pure invention
Cette «nouvelle» a eu l'effet d'une douche froide chez les élus. «C'est une pure fiction de l'esprit. Pire, c'est une invention indescriptible», s'est emporté Claude Dauphin, responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal. Le scénario colporté par les pompiers n'existe tout simplement pas, a-t-il affirmé. Ce qui est à l'étude, et sera présenté aux élus de Rosemont–La Petite-Patrie sous peu – avant de faire l'objet de consultations publiques au début de l'automne – est tout autre.
«Ce qui est proposé, et non final, est la fusion dont on parle depuis 10 ans entre les casernes 31 et 41, a exposé M. Dauphin. Si le projet est accepté, le réaménagement des effectifs sur la rue Jean-Roby, coin Jean-Talon, se fera dans un horizon de cinq ans. Et toujours si ce scénario est retenu, la population peut être assurée que la caserne flambant neuve rencontrera les délais de temps de réponse et sa force de frappe. L'important pour nous demeure de sauver des vies.»
Alors pourquoi les pompiers montent-ils aux barricades? Pour M. Dauphin, toute cette agitation pourrait s'expliquer une phrase: moyen de pression en vue des négociations pour la prochaine convention collective des pompiers.
Schéma de couverture de risques
On saura de quoi il en retourne avant la fin de l'année puisque Montréal doit, d'ici là, déposer à Québec son nouveau schéma de couverture de risques, un plan d'intervention en sécurité des incendies pour toute l'île.
Les élus de Rosemont–La Petite-Patrie prendront connaissance du plan local, début août. Pour André Lavallée, maire de l'arrondissement, la fusion ainsi que le déménagement prévu aux frontières de l'arrondissement constituent «une hypothèse qu'il faut considérer.»
Chose certaine, il faut bouger avant qu'un incident fâcheux ne survienne. L'anecdote d'un pompier qui, en voulant ouvrir une fenêtre, s'est retrouvé avec tout le cadrage dans les mains n'est qu'une des «histoires d'horreur» parmi bien d'autres, a-t-il rappelé. «Ce dossier traîne depuis 10 ans. En 1996, des études relevaient déjà que la caserne 31 présentait des problèmes d'infiltration d'eau, de moisissure, de vermine, entre autres choses.»
Le SIM penche aussi pour la fusion
Étonnant. Du côté du SIM, on adopte sensiblement le même discours que la Ville. «À la lumière des études qui ont été réalisées, nous recommandons, dans le schéma de couverture de risques, la fusion des postes 31 et 41», a affirmé Louise Tremblay, chef de division et responsable des relations avec les médias au SIM. Les casernes 31 et 41 nécessitent des travaux majeurs, c'est pourquoi le SIM penche pour la construction d'un nouvel édifice sur les terrains de la Ville, rue Jean-Roby, à deux pas du poste de police 33. Un emplacement stratégique, a précisé Mme Tremblay, qui permettrait d'assurer une bonne rapidité d'intervention.
Et Dorval dans tout ça? Dans la proposition du scénario à l'étude, Mme Tremblay confirme qu'on envisage qu'un camion autopompe (excédentaire si la fusion est réalisée) soit déplacé vers Dorval. «C'est une façon pour nous de consolider la force de frappe dans des secteurs [comme c'est le cas dans l'Ouest-de-l'Île] qui ont besoin de plus de véhicules mais pas nécessairement d'une nouvelle caserne», a précisé Louise Tremblay.