«Je ne souhaite qu’une chose: un appui inconditionnel du peuple Québécois face aux efforts inhumains que mes frères d’armes déploieront pour aider un pays qui en a besoin», écrit le capitaine Lemay, membre des Forces Canadiennes. (Photo: Courtoisie)
Nouvelles d’Afghanistan
Le capitaine Jocelyn Lemay reprend sa correspondance avec le Journal de Rosemont–Petite-Patrie
Les vacances en Grèce et en Italie sont terminées pour le capitaine Jocelyn Lemay. Si au Québec le départ du Royal 22e Régiment s'est fait sur un fond de controverse, son arrivée en sol afghan a été une petite bouffée d'air frais pour le capitaine. «Ça fait du bien d'entendre parler québécois», raconte-t-il.
Chapitre 4: le samedi 4 août
«Comme d’habitude, je quitte les baraques tôt le matin pour me rendre au travail. La montagne est déjà recouverte d’un épais voile blanc qui la caractérise depuis maintenant quelques semaines. On pourrait croire que le brouillard fait son œuvre, mais en fait, on se rappelle vite que nous sommes dans le désert. Ce voile de poussière qui plane au-dessus de nos têtes du matin au soir affecte notre respiration, fatigue nos yeux et nous incite à garder la bouche fermée.
Au fur et à mesure que je m’approche de la cafétéria, une langue familière se fait entendre. Cet accent, le mien, me confirme que le Royal 22e Régiment est bel et bien en train de s’installer au Kandahar Airfield pour les six prochains mois.
Et l’impensable se produit. Le caporal Dupont Boisvert ainsi que d’anciens collègues de travail sont là. Quelle joie de retrouver ses frères d’armes, séparés après une année complète d’entraînement intense!
Membre de l’équipe COCIM (Coopération Civilo-militaire) ils sont tous des réservistes. Qu’est-ce qui pousse un individu à quitter un emploi civil confortable pour risquer sa vie dans un pays aussi inhospitalier? Les raisons sont multiples, mais la principale est définitivement le désir profond d’accomplir un défi digne de ce nom. Et les occasions seront multiples.
Pour se qualifier, il faut beaucoup de courage et un brin de folie. L'entraînement préliminaire de huit mois, incluant un exercice de six semaines au Texas et un autre d’une durée aussi longue en Alberta, se fait dans des conditions de vie difficile.
Cette décision touche aussi femme et enfants confrontés à l'éventuelle perte d’un mari ou d’un papa.
À l’aube de leur mission, la bonne humeur et le moral sont au beau fixe. Reste à savoir comment ceux-ci réagiront lorsque les premières pertes se produiront, car il ne faut pas se leurrer, cette mission est dangereuse et ces jeunes militaires travailleront à des températures frisant les 50 degrés Celsius avec 20 kilogrammes d’équipement sur le dos.»