Être parent bénévole: pour le meilleur et pour le pire
De la peinture aux activités spéciales, en passant par les corvées de nettoyage, le verdissement de la cour de récré, les conseils d'établissement, l'OPP [organisme de participation des parents]: les occasions de consacrer temps et énergie à l'école ne manquent pas pour papa et maman. Ils sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à répondre présents à l'appel... pour le meilleur, mais parfois aussi pour le pire.
Lynda Laurencelle, maman de quatre enfants, fait du bénévolat depuis 16 ans dans les établissements fréquentés par ses mousses. D'abord bénévole à la bibliothèque de l'école primaire Madeleine-de-Verchère, trop souvent fermée à son goût, elle est, depuis quelques années, impliquée à l'école secondaire Père-Marquette où elle consacre une dizaine d'heures chaque semaine. Par le passé, c'était souvent bien plus...
Elle y va, surtout pour le meilleur. «Il vient un moment où on ne peut plus arrêter!, raconte-t-elle. Ça devient une motivation. Je considère que si on veut inciter nos jeunes à s'impliquer plus tard dans leur communauté, il faut leur donner l'exemple.»
Mme Laurencelle est aussi présidente du conseil d'établissement de Père-Marquette. Le meilleur, c'est aussi le plaisir des rencontres mensuelles.
Il n'y a pas que les parents qui soient conviés à faire leur part, ajoute-t-elle. Par exemple, le lien entre l'école Père-Marquette et la communauté de La Petite-Patrie est fort et tangible. Grâce à la présence des parents, mais aussi notamment celle des intervenants du CLSC, de la police de quartier, de la maison de jeunes l'Hôte Maison, les étudiants qui fréquentent l'établissement, rue Marquette, ont accès à une foule de services et d'activités. Et cela ne se ferait pas aussi facilement si l'école était fermée à son milieu, assure Lynda Laurencelle.
Aussi pour le pire...
Là où la dame rigole moins, c'est lorsqu'on aborde la reconnaissance du travail accompli sans rémunération. Les commentaires du genre «c'est juste du bénévolat», trop souvent entendus, provoquent immanquablement chez elle une poussée d'urticaire.
Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à se presser aux portes des écoles. Car les besoins sont grands. Quand la décoration est triste à mourir, que le toit fuit, que la cour de récré a l'air d'un champ de mines, que la bibliothèque scolaire est fermée, faute de personnel, les parents, en plus de mettre la main dans leurs poches afin de contribuer à l'effort financier, investissent leur cœur pour que leur chérubin baigne dans milieu de vie plus stimulant.
L'école est à bout de ressources et compte de plus en plus sur les parents. Malheureusement, il semble que la reconnaissance de leurs efforts ne soit pas au rendez-vous. Et ça, c'est pour le pire, dira notre maman dévouée.
Les commissaires réclament la reconnaissance du travail bénévole
Le Conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) reconnaît que «les écoles primaires et secondaires du Québec ont vivement besoin d’une plus grande implication bénévole». Au printemps dernier, les commissaires demandaient au gouvernement du Québec d'accorder des crédits d’impôt aux bénévoles des écoles et de faire reconnaître officiellement les compétences acquises par le bénévolat. «Avec ces quelques mesures simples et peu coûteuses, on aurait une réelle reconnaissance de la présence des bénévoles, raconte Lynda Laurencelle. Il faut faire plus qu'une soirée hommage et quelques petites tapes dans le dos occasionnelles.»
Les commissaires ont essuyé un premier refus. «C'est dommage, parce que beaucoup de parents donnent du temps, fait valoir la dame qui siège aussi au sein du Comité central des parents. Ce ne sont pas des demandes excessives, il y a un minimum à accorder à ces personnes, ne serait-ce pour rembourser leurs déplacements ou les frais de repas.»
«La FCPQ et les commissaires vont probablement revenir à la charge avec ces demandes. Nous, au central, on ne lâchera pas», certifie Mme Laurencelle.
On peut difficilement s'en passer
Reconnaître le travail des bénévoles est essentiel, juge aussi Kenneth George, commissaire scolaire dans Villeray–La Petite-Patrie. C'est qu'on peut difficilement se passer d'eux à l'heure où les écoles craquent de partout. «A-t-on idée des mesures qui seraient abandonnées sans l'implication des parents?, demande Kenneth George, Pensons à la bibliothèque scolaire, aux sorties éducatives et aux fêtes, entre autres.»
«La présence de parents bénévoles est aussi nécessaire pour rappeler aux permanents de l'institution (enseignants, direction et personnel) les attentes qu'on est en droit d'avoir vis-à-vis l'école, enchaîne M. George. Les artisans de l'école doivent répondre de leurs actions devant divers publics, notamment les parents qui confient leurs enfants six, huit ou dix heures par jour à l'école. Ce rappel est salutaire pour tous.»
L'importance de leur implication est trop souvent reléguée aux oubliettes, rappelle-t-il, soulignant que les parents ont contribué à «révolutionner» le monde scolaire. «Ce sont des parents qui, les premiers, ont créé des garderies privées avant que le réseau scolaire se décide à offrir un service de garde généralisé. Ce sont des parents qui, les premiers, ont insisté pour augmenter la sécurité dans les autobus scolaires. Ce sont encore des parents qui mènent les campagnes pour réduire le coût des effets scolaires.»