Devant une salle qui lui était acquise, Nicolas Girard a expliqué le projet Marois.
(Photo: Régent Gosselin)
Seuls les péquistes ont répondu à l’appel de Nicolas Girard
Débat autour de la constitution québécoise de Pauline Marois
Le député de Gouin, Nicolas Girard, aurait aimé que des résidants de toutes les allégeances et de toutes les origines viennent débattre du projet identitaire de Pauline Marois jeudi dernier, à la Maisonnée des parents. Malheureusement, il semble que la tempête les ait effrayés. Si bien qu’uniquement des péquistes – et d’anciens péquistes –ont pris part au débat.
L’ordre venait d’en haut. C’est la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui a commandé à ses députés de tenir, chacun dans son comté, une assemblée du genre. Question de clarifier le contenu des projets de loi 195 (Loi sur l’identité québécoise) et 196 (Constitution québécoise) qui créent tant controverse.
Nicolas Girard s’est prêté au jeu. Devant une salle qui lui était acquise, une salle constituée de péquistes, il a expliqué, ou plutôt vulgarisé le projet Marois. Ensuite, il a répondu aux questions en provenance du public. On aurait aimé le voir rencontrer une plus vive opposition. D’où notre question: Avez-vous invité uniquement des membres du PQ Gouin? Il nous a répondu que non: «On a distribué des tracts devant le métro Beaubien hier (mercredi) et aujourd’hui (jeudi).» À bien y penser: même le Journal Rosemont-Petite-Patrie a annoncé l’événement sur son site Internet. Mettons ça sur le dos de la tempête de neige.
Les commentaires étaient variés, mais abondaient presque tous dans le même sens. «J’ai de la difficulté avec la formulation du document», a dit un prénommé Robert. Alexandre est allé encore plus loin: «J’ai l’impression que le projet est mal vendu et que ce n’est pas tant le PQ que les autres partis qui en parlent.» C’est pour cette raison que Nicolas Girard souhaite voir ce projet de loi débattu en commission parlementaire. «Nous voulons susciter un débat. Si au moins les deux autres partis avaient un projet à présenter», déplore de député de Gouin.
La conjoncture politique - le PQ est le deuxième parti d’opposition – n’aidant pas, certains ont mis en doute les chances de survie du projet. Jacques Thériault, journaliste sportif et membre du comité exécutif du PQ Gouin, a prononcé un discours qui a semblé trouver écho chez les autres péquistes présents: «J’ai l’impression qu’il y a confusion des genres. Ce que j’ai dans les mains, ce n’est pas un projet de loi, c’est un programme politique. C’est une proposition de travail pour les quatre ou cinq prochaines années. C’est une formidable plate-forme électorale. Mais c’est malhabile de présenter ça comme une constitution. On est trop dans une volonté de changer les choses.»
Certains trouvaient que le projet n’allait pas suffisamment loin. Caroline Moreno (lire notre texte en p. 9) et Vincent surtout. Ce dernier, un jeune péquiste, voudrait que les nouveaux arrivants ne détenant pas la citoyenneté québécoise n’aient pas le droit de vote. Ce à quoi Nicolas Girard a répondu: «Ce n’est pas un pas que je serais prêt à franchir.» Si le projet de loi sur l’identité québécoise était adopté, un nouvel arrivant bénéficierait de trois années pour démontrer une connaissance appropriée de la langue française, après quoi il se verrait décerner sa citoyenneté québécoise. Sans celle-ci, le nouvel arrivant n’aurait pas le droit de se présenter comme candidat aux élections municipales, scolaires et législatives; de participer au financement public des partis politiques; et d’adresser des pétitions à l’Assemblée nationale pour le redressement de griefs.
Hélène, une orthophoniste d’une trentaine d’années, s’est questionné quant au réalisme de «notre attente» face aux immigrants de première génération: «Est-ce qu’on peut vraiment s’attendre à ce que cette personne apprenne une langue en trois ans?» Nicolas Girard croit que cinq années seraient un échéancier plus réaliste, car comme il le fait remarquer, c’est plus difficile d’apprendre le français pour un Chinois que pour un Espagnol.
Jean-François, le plus jeune membre du public, a conclu le débat sur une mise en garde: le danger d’évaluer l’acceptabilité du français de quiconque. «J’ai un malaise. Comment on évalue les normes d’un français acceptable? Il faudrait faire attention, car certains Québécois (nés ici), à les écouter parler, n’attendraient pas ce niveau acceptable.»
Cette rencontre a-t-elle suffi à prendre le pouls de la population locale? «J’avais une série de consultations à tenir. J'en ai tenues à mon bureau lundi. J’ai rencontré des organismes comme la Maisonnée (service d’aide et de liaison pour les immigrants) et la CASA d'Italia.» Sans parler des gens qui abordent Nicolas Girard dans les événements pour lui en jaser. Bref, cette consultation publique se fait au quotidien.
(Photo: Régent Gosselin)