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De Kandahar à La Petite-Patrie

par Julie Charette
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Article mis en ligne le 28 décembre 2007 à 13:33
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De Kandahar à La Petite-Patrie
Le capitaine Jocelyn Lemay est heureux d’être de retour au Québec après une mission de près de huit mois en Afghanistan. (Photo: Éric Carrière)
De Kandahar à La Petite-Patrie
Des rochers d’Afghanistan aux congères du Québec, le capitaine Jocelyn Lemay a regagné le 18 décembre son domicile de la Petite-Patrie. Depuis son départ le 18 avril, le capitaine Lemay a partagé son quotidien afghan avec les lecteurs du Journal de Rosemont. Rencontre avec un capitaine heureux de parler de son expérience et de la mission canadienne dans le lointain et mythique Afghanistan.
Jeune quadragénaire sans enfant, Jocelyn Lemay a joint l’armée alors qu’il était âgé de 35 ans. Travailleur dans le secteur de la construction, le capitaine Lemay a fermé les portes de son entreprise il y a trois ans. Réserviste, il a lui-même pris la décision de s’enrôler pour l’Afghanistan. «J’ai choisi d’y aller. Il faut être un peu fou! Si on va là-bas en voulant changer le monde, on réalise vite que l’on est dans l’engrenage de la grosse machine», explique le capitaine Lemay.

À titre «d'information manager" au sein d’une équipe formée de dix personnes de diverses nationalités, le capitaine Lemay avait notamment la charge des bases de données et des problèmes informatiques. «Notre travail est de coordonner et de récolter des informations avec les autres pays et de faire les liaisons avec les autres équipes de reconstruction. Nous faisons le lien entre l’armée et les opérations civiles.»

La Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) de l'OTAN est disséminée dans cinq régions afghanes. «C’est vraiment dans le sud que les opérations se concentrent depuis trois ou quatre ans parce que les talibans viennent de là. On dérange un peu plus qu’avant. Auparavant, les talibans faisaient ce qu’ils voulaient. Ultimement, on essaie de reconstruire une armée afghane. Oui, c’est vrai qu’on fait des opérations et des combats, mais c’est l’armée afghane qui entre la première dans les villages.»

Basé au Kandahar Air Field (KAF), le capitaine Lemay n’a pas effectué d’opérations sur le terrain afghan. «Mon plus gros traumatisme, c’est d’avoir partagé ma chambre avec des ronfleurs pendant deux semaines !», dit-il en rigolant.
Le quotidien, malgré tout
Le KAF regroupe près de 13 000 personnes. «C’est la grosse base dans le sud du pays, tout arrive par là. C’est comme une ville.»
«La guerre, on ne la voit pas à la base. On ne la vit pas sur le terrain. On ne voit pas de talibans et on ne se fait pas tirer dessus avec des mitraillettes. La vie est presque normale.»

Selon ses dires, les soldats canadiens vivent généralement «dans de grandes tentes confortables». Pour sa part, le capitaine Lemay résidait dans une baraque en tôle avec plancher en béton et douche «dans le quartier riche» de la base. «Plus on monte en grade, plus on a de privilèges.» Les militaires ont, entre autres, accès à Internet et à la télévision francophone. «J’ai même pu suivre Loft Story à quelques occasions!»

Un rendez-vous privilégié par les militaires? Le Tim Hortons! «C’est l’un des commerces les plus populaires sur la base! Cela fait une petite sortie, on se change les idées, comme au quotidien au Québec. Même si on travaille et que c’est sérieux, on doit aussi s’amuser.»
L’avenir de la mission canadienne
Le capitaine Lemay est bien au fait que la mission canadienne en Afghanistan est largement contestée. «On ne peut pas quitter sans être remplacé par d’autres pays. La décision de rester ou non doit être prise bientôt parce que le Canada doit dire à l’OTAN s’il renouvelle la mission après février 2009.»
Selon cet observateur privilégié, quel est le rôle des militaires canadiens en Afghanistan? «Notre idée, c’est de sortir de là, on ne veut pas rester pendant 100 ans. Il faut que l’armée afghane devienne assez puissante pour s’occuper seule des talibans ou qu’ils décident de s’asseoir et de discuter. Cela peut prendre 10 ou 30 ans, mais cela va se régler autour d’une table. La guerre va arrêter quand les talibans vont décider que c’est fini ou que la population va leur dire qu’ils en ont assez.»

Acteurs incontournables de la reconstruction, les ONG se font rares dans le sud du pays. «Les ONG ne sont pas très présentes parce qu’elles sont des cibles pour les talibans et le banditisme. Là-bas, c’est encore difficile pour les filles d’aller à l’école. Dans certaines régions, les talibans brûlent les écoles après qu’elles aient été construites. Ils s’attaquent aux efforts de reconstruction. Les changements vont venir des gens instruits et qui vont avoir une influence sur les autres. En étant là, on donne un environnement permissif à ceux qui sont prêts au changement. Aller à l’école pour les enfants, cela représente un acte de courage parce qu’ils sont alors une cible pour les talibans.»

(Photo: Éric Carrière)

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