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Journal de Rosemont - La Petite-Patrie
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Petites vues sur Port-au-Prince

Par Serge Fortin

Article mis en ligne le 14 décembre 2008 à 11:00
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Petites vues sur Port-au-Prince
Par Serge Fortin
8 octobre 2008 - Aujourd'hui, peu de blabla, que quelques commentaires, comme une pause publicitaire. Nous sommes évidemment encore loin de la carte postale touristique. Bon visionnement imaginaire.

Il y a plusieurs exemples de quartier à la Gaudi, de pure tradition espagnole. Plusieurs sont construits à flanc de montagne, perchés sur l'infini, et le matériau demeure fort rustique. Les briques grises sont, paraît-il, fabriquées par chaque personne. Souvent, sans fenêtres, sans chassis et un bout de rideau en guise de porte. Ce sont de petits hameaux hors des circuits routiers de la Ville, où vous pénétrez en franchissant un mur défoncé ou une palissade tombée, par exemple, comme si personne n'avait pensé faire une entrée officielle sur le quartier. Est-il lui-même officiel ?

Plusieurs ruelles commerçantes collectent avec la rue asphaltée tout près. Les marchands étalent leur marchandise par terre et c'est la folie pure, le samedi, jour de marché. Seuls les Haïtiens fréquentent ce type de souk. Récemment, la Ville a dû interdire à des marchands (tout le monde est marchand, ici, nécessité oblige) installés à un endroit interdit, leur demandant plutôt de s'installer à la porte de Cité Soleil, là où il y a un besoin. Un autre problème avec ces marchands de fortune est l'occupation systématique des trottoirs, forçant les piétons à marcher dans la rue où les automobiles passent à des vitesses impressionnantes, malgré l'étroitesse des rues. Les policiers doivent faire dégager les trottoirs.

La rentrée scolaire a finalement eu lieu cette semaine, retardée depuis un mois en raison de l'urgence post-cyclonique, et les écoliers ont envahi les rues, ce qui n'a pas pour autant ralenti l'exubérance du traffic. Les jeunes sont rafraîchissants à voir, permettant au pays de rêver à des jours meilleurs avec des citoyens qui auront pu davantage apprendre à lire, à écrire et à compter. La Ville de Montréal a donné 10 000 $ à Port-au-Prince pour équiper de trousses d'école les enfants de ses huit écoles communales fréquentées par 3 500 élèves. Il y a bien sûr beaucoup plus d'élèves que cela à PaP mais les écoles communales accueillent les jeunes défavorisés qui ont par ailleurs obtenu, l'an passé, une belle moyenne aux examens nationaux (comme chez nous ceux du ministère). Les écoles communales sont gérées par la Ville.

La baie de Port-au-Prince et la ville qui s'étire tout autour, en fer à cheval, offre une vue magnifique, en surplomb. En bas sur le bord de l'eau, au loin, Cité Soleil, le bidonville, est construit sur un amas de détritus qui prolonge la limite terrestre de la baie. Nous sommes situés un peu plus haut sur la montagne. On voit bien l'enchevêtrement des maisons les unes sur les autres. Bien sûr, en ville, ils ont quand même conservé les arbres qui constituent des remparts essentiels au soleil torride, laissant ça et là place à de magnifiques spécimens tropicaux aux feuilles luxuriantes et géantes, qui assurent aussi la tranquillité entre voisins. On voit moins la cabane décrépie en plus.

Le chemin de Delmas, collectant à notre secteur de Delmas 48, est un peu le Rosemont de PaP. Il y a une intense action des voitures circulant à vitesse vertigineuse, zigzaguant entre Tap-Tap et piétons traversant la rue. Il s'agit d'un boulevard à quatre voies, et c'est sur le muret du centre que se tiennent les enfants de la rue de 5 à 6 ans. Cette avenue est un mélange de rue Jean-Talon, de rue Sherbrooke et de boulevard Saint-Laurent, avec la vitesse du boulevard Pie-IX. Une règle de circulation : les gens marchent dans la rue et quand tu arrive derrière eux, tu dois klaxonner pour les avertir que ton véhicule n'a pas assez d'espace, alors ils se tassent sans se retourner et jugent au son la distance du véhicule, tel un ballet bien réglé... Les conducteurs vont vite mais accélèrent lentement au début, laissant toujours deux ou trois secondes de réaction à l'autre, véhicule ou piéton, qui doit passer à la même place qu'eux. C'est simple comme concept : une rue piétonnisée avec plein de voitures.

Comme disent nos pubs dans Rosemont La Petite-Patrie, ATTENTION AUX P'TITS VITES !

Chargé de communication à l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, Serge Fortin a séjourné tout le mois d’octobre à Port-au-Prince, pour y effectuer une mission de soutien en gouvernance auprès de la direction de la communication de la Mairie de la principale ville d’Haïti, dans le cadre de l’entente de coopération entre Montréal et la capitale haïtienne. Ex-journaliste, il livre ses impressions avec verve et acuité, à travers une chronique quotidienne.<@$p>

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