Un centre communautaire s'est transformé en hôpital au personnel complètement déjanté, le temps de faire connaître le projet «Scène ouverte». Non, ce ne sont pas des momies, mais bien des patients ayant été soigneusement traités! (Photo: Jacques Pharand)
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Urgences culturelles en délire
Les urgentologues du centre Gabriel-et-Marcel-Lapalme avaient perdu la tête mercredi soir dernier! Au siège de la CDC de Rosemont, qui fête ses 20 ans, une soirée complètement loufoque avait lieu pour faire connaître les troupes d'artistes de l'arrondissement au public.
Dès l'entrée, après un court passage à la désinfection des aisselles, une pancarte invite les patients à sortir leur carte d'assuré social. «Et plus vite que ça!», est-il précisé.
Accueilli par une infirmière revêche mâchant de la gomme en lisant une revue, jambes étalées sur le bureau, on se trouve saisi d'un léger malaise. Ça tombe bien, on est aux urgences et le Dr Irrat'tou Sérieu va nous prendre en charge.
Inutile de lui faire remarquer qu'il manque un «x» à son nom de famille. «C'est parce que je ne suis pas plusieurs», indique-t-il sèchement avant de nous diriger vers le service qui va nous prendre en charge.
La porte battante des urgences franchie, une blouse blanche au regard sadique et portant masque – sans doute pour se prémunir de l'haleine des patients – demande si l'on s'est brossé les dents. Bien sûr que oui, répond-on instinctivement, à la vue de la brosse à vaisselle dans les mains de la préposée.
Emmené par le Dr Sérieu au service de radiologie, nous voilà forcé de passer une radio. Et de fermer les yeux pendant que le rayon de la photocopieuse balaie notre main coincée sous le couvercle. Pour éviter les radiations.
Après avoir croisé un patient travesti à la mode Tootsie, portant fièrement tailleur Chanel et collier de perles, et un autre, claudiquant, visiblement nu sous sa chemise de nuit, charlotte sur la tête et chaussons stériles aux pieds, arrêt obligé sur le siège des toilettes au milieu du couloir. Motif: le «test du pipi».
Plus loin, la salle de chirurgie côtoie la morgue de près: trois patients recouverts gisent à même le sol. «C'est notre chirurgien qui a eu quelques difficultés ce matin», explique Lucie Lavoie, infirmière, alors que celui-ci traverse justement le couloir en poussant bruyamment une pile de chaises en métal.
Au bout de ce parcours loufoque, nous voilà arrivé au service de l'«aube stetrique». Un homme «enceint» couché à même le sol semble sur le point d'accoucher. Mais de quoi, au juste? «Ici, on accouche d'idées», dit laconiquement la Dre Beurkenstein.
Scène ouverte et un brin de folie
Service de psychiatrie laissé aux mains des fous? Presque. Sauf qu'on est dans les locaux de la CDC de Rosemont. Laissant libre court à leur folie créatrice, les 12 troupes d'artistes installés dans les locaux (Théâtre à l'Envers, Les Bonimenteurs du Québec, Crac clown et Le Moulin à musique, entre autres) ont invité le public à ce spectacle interactif qui, s'il a pour but de faire rire, veut aussi faire connaître le projet «Scène ouverte».
«C'est un laboratoire d'incubation pour prendre le pouls du public», explique Marie-France Verdi, dans sa blouse d'infirmière. La directrice du collectif d'artistes Côté cour, côté jardin poursuit: «Notre idée est qu'un lieu de création d'art de la scène et de la rue voie le jour à Rosemont, car l'arrondissement manque cruellement d'infrastructures culturelles.»
Les citoyens étaient donc invités à cet avant-goût des créations qu'un endroit dévolu au talent de ces artistes faciliterait, «un lieu qui regrouperait les compagnies et accueilleraient les citoyens», ose rêver Marie-France Verdi, concluant, optimiste, qu'un conseil d'administration existe déjà pour développer le projet.