Une manche importante vient d'être remportée sur les conservateurs en matière d'environnement, estime Bernard Bigras. «C'est un gouvernement qui ne croit toujours pas aux changements climatiques», a-t-il déclaré. (Photo: Régent Gosselin)
Prochaine campagne fédérale sur fond vert?
Les objectifs du protocole de Kyoto, inscrits au projet de loi sur la qualité de l'air
Coup de théâtre discret à la Chambre de communes. Le Bloc québécois, le Parti libéral du Canada et le Nouveau Parti démocratique ont fait front commun afin d'inclure les objectifs du protocole de Kyoto au projet de loi C-30, sur la qualité de l'air. Ce revers pourrait justifier un vote de confiance de la part des conservateurs et forcer le déclenchement des prochaines élections fédérales.
Les objectifs de Kyoto, pourtant ratifiés par le Canada sous les libéraux de Paul Martin, étaient complètement absents du projet de loi C-30 concocté par le gouvernement conservateur. La semaine dernière, l'opposition a réussi à ramener Kyoto dans le projet de loi actuellement à l'étude. Ce consensus politique a permis de mettre en échec le gouvernement Harper sur son propre terrain. «C'est une perte de confiance envers le gouvernement. Restera à Stephen Harper de décider s'il ira en élection là-dessus», a expliqué, la semaine dernière, Bernard Bigras, député de Rosemont–La Petite-Patrie.
Si ce scénario se concrétise, le prochain exercice démocratique aura vraisemblablement l'environnement pour trame de fond. «C'est la première fois de l'histoire canadienne qu'une campagne électorale pourrait se tenir sur les enjeux liés aux changements climatiques», ce qui aurait été impensable il y a à peine dix ans, se réjouit le député, aussi critique en matière d'environnement.
Ce scénario hypothétique ouvrirait la porte à des débats à saveur environnementale au sein même de la récente coalition entre le Bloc, le NPD et le PLC, croit Bernard Bigras. «Cela nous forcerait à aller plus loin dans notre accord commun et pourrait nous amener à trouver des solutions avant-gardistes, à l'intérieur d'un cadre financier réaliste», a-t-il soutenu.
La pollution, une cible absolue
La façon de calculer les efforts des entreprises par rapport à leurs émissions polluantes compte parmi les changements majeurs maintenant apportés au projet de loi. On ne parle plus de cible d'intensité, comme le souhaitaient les conservateurs – une réduction de 15 % de leurs GES calculée à partir de la croissance économique. On exigera plutôt que les grands émetteurs ramènent leurs émissions 10 % en deçà de ce qu'ils produisaient en 1990.
Une différence énorme, a jugé Bernard Bigras. «L'Alberta, par exemple, prévoit quintupler l'exploitation des sables bitumineux dans les prochaines années. Cela entraînera une augmentation de 140% de ses émissions de gaz à effet de serre!», a exposé M. Bigras. Il faut savoir décoder ce que propose le ministre de l'Environnement, John Baird, avec les cibles d'intensité: ce n'est pas vrai que les grands émetteurs vont diminuer leurs émissions polluantes.»
Marché du carbone et approche territoriale
Tout ce brassage favorisera la mise en place d'un marché du carbone, fait valoir M. Bigras. Toronto tente déjà d'attirer chez elle ce lucratif marché. Cependant, la Bourse de Montréal possède une longueur d'avance sur sa voisine, prône le député bloquiste, désireux de voir ce marché se développer au Québec.
Dans les prochaines semaines, le Bloc tentera aussi de rallier l'opposition derrière l'approche territoriale. Sur ces points, la partie n'est pas gagnée. «Le NPD et les libéraux croient à un plan "coast to coast" alors que nous croyons que chacune des provinces doit fixer ses propres cibles», a argué M. Bigras.
C'est que les réalités diffèrent. «Notre secteur industriel affiche une bonne performance et a déjà ramené ses émissions polluantes 6% sous le seuil de 1990 alors que dans certaines provinces du Canada, elles ont augmenté de 40%!». Le Québec, lui, doit réaliser des gains en transport ¬¬¬¬¬– covoiturage, carburant propre, tramway, transport des marchandises et de passagers par la voie maritime –, donne-t-il en exemple.
Le projet de loi C-30
Le projet de loi C-30, vise à modifier La Loi canadienne sur la qualité de l’air, la Loi sur l’efficacité énergétique et la Loi sur les normes de consommation de carburant des véhicules automobiles.